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Moussa Mara, président du parti YELEMA : “Par principe, nous ne sommes pas d’accord qu’on proroge les mandats des députés”

Moussa Mara est le président du parti YELEMA , ancien premier ministre et soutien du candidat Cheick Modibo Diarra (Rassemblement pour développement du Mali) à la présidentielle de juillet 2018. Il s’offusque du probable report des élections législatives suite à l’avis favorable de la cour constitutionnelle de proroger jusqu’au second semestre, le mandat des députés de l’Assemblée Nationale. Interview.

Afribone : L’Assemblée nationale prévoit le report des élections législatives, selon vous pourquoi ce report ?

Les raisons évoquées par l’Assemblée nationale qui sont légèrement différentes de celles évoquées, il y a un mois par le premier ministre ; c’est essentiellement l’impossibilité pour les candidats de déposer un dossier de candidature complet à cause de la grève des magistrats. Cette grève étant illimitée , son issue reste donc incertaine. C’est la raison évoquée par l’assemblée nationale. Sans que nous aillons eu le document à partir duquel elle a sollicité que la cour se prononce. A partir de la décision de la cour, on peut déduire les raisons que l’AN a évoquées. Par principe , nous ne sommes pas d’accord qu’on proroge les mandats des députés. La constitution est très claire. Elle ne prévoit aucun cas de figure de report du mandat des députés. C’est une première raison. La seconde est que le gouvernement et l’AN, qui sont dans le même camp , c’est la même majorité, ont la responsabilité d’organiser les élections. Il l’ont fait pour les présidentielles. S’ils ne peuvent pas le faire pour les législatives à cause des grèves, l’insécurité...etc. C’est d’abord leur échec ! On ne peut pas se prévaloir de son propre échec pour demander une faveur supplémentaire. C’est pas logique.

Afribone : Que souhaiteriez vous à présent ?

Nous souhaitons que cette situation, qui est une situation politique ; ce vide qui est un vide institutionnel ; ne soit enrobée dans des artifices juridiques. C’est politique ! Donc regardons la chose politiquement ! C’est pourquoi nous avons souhaité que le président de la république, qui est le premier garant de l’application de notre constitution, saisisse ses hommes politiques. Par ailleurs, qu’il écoute les acteurs politiques, et qu’ensemble nous définissions ce qu’il y a lieu de faire dans les prochains jours. S’il y a lieu de proroger le mandat des députés, comment nous devons le faire ? Nous avons notamment le précédent de la transition de 2012 où il y a eu un accord politique sous l’égide de la CEDEAO, qui a prorogée le mandat des députés. Il faut qu’il y ait un accord politique inclusive , avec l’opposition, la majorité actuelle et ceux qui ne sont ni de l’un ni de l’autre , comme nous. Pour que nous nous entendions sur le nouveau contexte politique à définir dans les semaines et les mois à venir permettant d’aboutir à des élections législatives inclusives. C’est notre souhait. Mais on ne peut pas accepter ce qui est entrain de se faire aujourd’hui.

Afribone : Vous avez rappelé le cadre légal. Il n’est pas prévu de prorogation du mandat des députés dans la constitution malienne ni dans la loi . Mais la cour vient de se déjuger en assumant cette position. Qu’en pensez-vous ?

C’est malheureux ! La cour est le gardien de la constitution. C’est elle qui énonce le droit constitutionnel et qui régule le fonctionnement des institutions. Elle ne peut se déjuger de ses positions. Cela la décrédibilise et lui ôte le peu de crédibilité dont elle jouissait encore auprès de certaines catégories de notre société. C’est dommage. Personnellement , sur ce point, j’ai tendance à écarter la cour constitutionnelle. Elle a été très claire.

La constitution ne prévoit rien. Dès lors que la constitution ne prévoit rien. Regardons politiquement. Nous avons suffisamment d’intelligence, de capacité, de compétence d’expérience à la classe politique. Asseyons-nous et parlons. Nous ne pouvons pas accepter que le gouvernement, sans consulter la classe politique ni qui que ce soit , essaye de passer directement, il n’y arrive et essaye de passer par l’intermédiaire de l’Assemblée nationale.

Au point qu’on risque de voir une situation ubuesque où l’ Assemblée va voter une loi pour proroger son propre mandat. Évitons cela ! Ce sont des précédents dangereux. Personne ne peut nous certifier que dans 6 mois il y aura réellement une élection. L’Assemblée continuera de proroger jusqu’à quand ? Peut-être qu’on arrivera à la fin du mandat du président lui-même !

Pourquoi ne pas proroger celui là aussi ? Nous sommes en train d’aller dans une très mauvaise direction. Le pays a suffisamment de difficulté comme cela. Asseyons-nous et parlons ! Nous sommes des maliens. Nous sommes tous responsables. Entendons-nous sur ce qu’il faut faire politiquement et donnons un cadre approprié à cela. C’est cela notre proposition. J’espère sincèrement que nous serons entendu par les hautes autorités du pays. Surtout le président de la république.

Afribone : Les six mois à venir seront extrêmement important pour le Mali. Un pacte pour la paix imposant une application réelle et concrète de l’Accord d’Alger vient d’être signé. Le mandat des députés risque aussi d’être prorogé de six mois. Que se passera t-il si tout cela n’est pas réalisé ?

L’application de l’accord de paix n’a rien à voir avec les élections législatives. Le gouvernement étant en place, il continue à gérer le pays pendant qu’il y a des élections. Il peut continuer à prendre les réformes et les lois pour l’application effective de l’accord de paix. La nouvelle Assemblée nationale, s’il y a élection, continuera à prendre le relais. C’est cela ma position. Toutes les autres activités ( adoption des nouvelles réformes - redécoupages territoriales - création de nouvelles collectivités ) sont réalisables en parallèle au processus électoral.

Il y a eu les élections présidentielles, le pays ne s’est pas arrêté pour autant. On a souvent tendance à prendre l’accord de paix comme un prétexte pour arriver à des “petits arrangements personnels”. Il faut arrêter ces dérives. Les élections sont prévues dans notre constitution pour élire l’Assemblée nationale. Faisons en sorte de respecter la constitution. Votons nos députés et que la nouvelle législative commence. Si on doit aller dans ce glissement . Notre position est que cette décision soit encadrée politiquement et de manière inclusive.

Ce n’est pas un seul camp qui peut décider. Aujourd’hui si vous prenez le camp du président de la république, dans lequel il y a le premier ministre, le gouvernement et l’assemblée nationale, je peux vous assurer, les élections présidentielles l’ont montré, ce camp aujourd’hui représente au maximum 30% des maliens. Et les autres 70% qui sont représentés par d’autres courant politique ? Va t-on les ignorer ? Faisons attention ! essayons de faire en sorte que les maliens se retrouvent autour des leaders politiques , s’entendent sur ce qu’il faut faire dans cette phase délicate et avançons. Regardons l’intérêt supérieur de notre pays. Respectons nos textes supérieurs. Engageons-nous ensemble. C’est là où il y aura le salut de notre pays et celui des dirigeants.

Afribone : Il y a des rumeurs qui circulent, préconisant que “les caisses semblent vides”. Pensez-vous que les élections ne sont pas organisées par défaut de liquidité ou de capacité organisationnelle ?

Je ne le pense pas pour la simple raison que le budget de l’année 2018 tient compte de l’organisation des législatives de 2018. Si “les caisses sont vides”, comme semble le montrer un certains nombres de choses. On a vu une lettre circuler sur les réseaux sociaux où la présidence elle même se met un peu à la diète. Mieux vaut qu’on en parle ! Ce que nous demandons, c’est qu’il y ait de la concertation et du dialogue inclusive. Le président de la république dont l’autorité n’est contestée par personne, en tout cas par la plupart d’entre nous , la majorité des maliens et par la communauté internationale, se place au dessus de la masse. Et est la haute idée de sa mission actuelle.

Qu’il , comme il le dit dans la plupart de ses discours, panse les plaies, maintienne l’unité nationale. Et donc qu’il commence par le rassemblement politique. Notamment au sujet d’élément important , comme les élections législatives ou d’autres éléments. Qu’il aille dans d’autres directions en terme de “rassemblement” mais qu’il commence par le rassemblement politique.

On veut du dialogue. Il ne faut pas qu’on essaie par des stratagèmes à court terme ou à courte vue de nous amener dans des glissements préjudiciables, à la démocratie et à notre pays. Nous interpellons les hautes autorités y compris le président de la république de se ressaisir et de retourner sur cette démarche qui est sans issue à notre avis. Rassembler, discuter, convenir de quelque chose de consensuel dans l’intérêt supérieur de notre pays. C’est ce qu’on demande.

Interview réalisée par Aissata Keita

Bamako, le 18 Octobre 2018

©AFRIBONE

 

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