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16ème journée mondiale contre la peine de mort : "Le Mali est un pays abolitionniste de fait, mais pas de droit"

Ce mois à part d’être celui de la « Solidarité nationale » contient également une journée dédiée à l’abolition de la peine de mort. C’était hier 10 octobre que le monde se rappelait tristement de cette pratique pénale qui fait" bougonner" des milliers d’associations de défense des droits de l’homme. A l’instar de l’ACAT (L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) dont le président M. Luc Diarra nous a accordé une interview exclusive. Sous le thème des « Conditions de vie dans les couloirs de la mort », cette pratique semble ne plus être d’actualité au Mali.

Afribone : Vous êtes le président de l’ACAT- Mali, une organisation qui lutte contre la torture et la peine de mort. Pouvez-vous nous la présenter ?

LD  : L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et les violations des droits humains en abrégé ACAT- Mali, est une association œcuménique à but non lucratif visant principalement l’abolition de la torture sous toutes ses formes et des violations des droits humains. Elle est reconnue officiellement par l’État malien sous le récépissé N° 0334/ MATS- DNAT du 16 juillet 1999. L’ACAT- Mali est affiliée à la Fédération Internationale des ACAT (FIACAT) qui est une organisation internationale non gouvernementale bénéficiant du statut consultatif auprès des Nations Unies (ONU), et du statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Elle a son siège à Vincennes en France.

Afribone : Pouvez-vous nous dire votre définition de la peine de mort ?

LD  : La peine de mort est une sanction pénale qui consiste à tuer une personne reconnue coupable d’une infraction. C’est donc une décision légale prononcée à l’issue d’un procès par un tribunal régulièrement constitué.

Afribone : Quid du Mali ?

LD  : Oui, la peine de mort existe au Mali. Elle n’est pas abolie. Elle est toujours prévue dans le Code pénal malien, et on continue de prononcer des condamnations à mort au Mali. Seulement les condamnés à mort ne sont pas exécutés depuis bientôt quarante (40) ans. La dernière exécution date du 21 août 1980. C’est dire que le Mali connait alors un moratoire de fait sur les exécutions depuis 1980. Il est donc un pays abolitionniste de fait, mais pas de droit. Il y a eu un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale en octobre 2007, mais il n’a pas été voté.

Afribone : En abolissant la peine de mort, est-ce que cela ne va pas augmenter la criminalité ?

LD : Non, pas du tout. L’application de la peine de mort n’a jamais été dissuasive. Les statistiques que nous recevons prouvent toujours que c’est dans les pays où la peine de mort est appliquée que le taux de criminalité est le plus élevé. Et puis, l’abolition de la peine de mort n’est pas synonyme d’impunité. L’État doit prendre ses responsabilités, et trouver les stratégies et les mécanismes nécessaires pour que les criminels reconnus et condamnés ne représentent plus des dangers pour la société. Il y a ce qu’on appelle la condamnation à perpétuité. Je crois qu’il faut donner une chance aux condamnés de se racheter. La prison est aussi un lieu de rééducation.

Afribone : Êtes-vous vraiment confiant que votre lutte aboutira ?

LD : Oui, très confiant. L’abolition de la peine de mort au Mali n’est qu’une question de temps. Seulement il faut beaucoup sensibiliser et informer la population dont la majorité reste réticente à la thématique. Et puis, il ne reste plus beaucoup de pays rétentionnistes en Afrique, surtout en Afrique occidentale.

Afribone : Pouvez-vous nous parler de quelques activités que vous avez eues à mener dans le sens de votre combat ?

LD  : Nos actions sont surtout axées sur la sensibilisation, la formation et le plaidoyer. C’est dans ce sens que nous avons organisé un atelier national de sensibilisation des faiseurs d’opinion sur l’abolition de la peine de mort au Mali les 29 et 30 septembre 2014 à Bamako.

Un autre atelier a eu lieu en juin 2018 à Bamako sur la même thématique, mais cette fois-ci avec comme groupe cible, les décideurs politiques (parlementaires), visant à les sensibiliser afin qu’ils adoptent une loi sur l’abolition de la peine de mort au Mali. Nous avons rencontré aussi beaucoup d’institutions nationales et internationales au Mali pour leur expliquer ce que nous faisons, et le bien-fondé de notre lutte. Après tous nos ateliers de formation et de sensibilisation, nous faisons des publications que nous distribuons gratuitement à la population.

Afribone : Quel message avez-vous à lancer à la population ?

LD  : Comme message, je dirai simplement que la journée mondiale abolitionniste s’adresse à la fois à l’opinion publique mondiale et aux dirigeants des pays qui ne l’ont pas encore abolie ; ainsi qu’à ceux des pays qui l’ont déjà fait pour qu’ils contribuent tous à l’abolition au niveau national et international. L’abolition de la peine de mort ne doit plus être une « question tabou », et tout le monde doit s’impliquer ; car la peine de mort ne s’applique le plus souvent qu’aux pauvres et aux démunis.

Malgré l’acharnement de ces associations de défense de droit de l’homme, plusieurs pays continuent de l’appliquer. Notamment la Chine, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak, le Pakistan etc…En effet l’Afrique subsaharienne réalise d’importants progrès en cette matière. Elle enregistre une diminution considérable du nombre de sentences capitales selon l’Amnesty International.

Entretien réalisé par AISSATA KEITA

Bamako, le 11 Octobre 2018

©AFRIBONE

 

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