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  L’Annonceur - hebdo (mercredi)
Processus démocratique au Mali : La politique du ventre

L’ouverture démocratique a été le couronnement d’un long processus de lutte du peuple sous la conduite éclairée de leaders considérés comme des forces progressistes de la société dont la préoccupation essentielle au départ était la défense des intérêts des couches sociales les plus défavorisées, les plus blâmées dans le cadre de la gestion des affaires publiques. Mais, après la victoire de la Révolution de Janvier à Mars 1991, force est de constater avec amertume que certaines forces progressistes de la période de lutte contre le régime de Moussa Traoré ont fait volte-face, trompant ainsi le peuple, parce qu’ayant géré le pouvoir conformément à la défense de leurs propres intérêts plutôt que de l’intérêt collectif tel que promis. Consécutivement à cela, les réactions n’ont pas tardé au sein de la classe politique.

La conjugaison des mécontentements et désaveux a conduit à l’émergence d’une véritable force de l’opposition qui s’est muée en Collectif des Partis Politiques de l’Opposition (COPPO). Ces moments ont été ceux de grandes épreuves pour le processus démocratique malien, en raison des manifestations interminables de l’opposition, des casses, barricades entre autres, assimilables aux actes qu’on posait aux moments forts de la lutte.

Pour le pouvoir d’alors (l’Adema-PASJ), ce n’était pas une opposition constructive. Mais l’opinion publique nationale et internationale estimait que la démocratie était vivace au Mali avec l’existence d’un véritable contre pouvoir. Entre temps, il y a eu beaucoup de remous et de réactions de la part du pouvoir d’alors. Mais, avec l’arrivée d’ATT au pouvoir à partir de 2002, les données ont radicalement changé.

Ce fut le début du consensus politique conformément aux vœux d’ATT de gérer le pouvoir avec toutes les bonnes volontés du pays. Nouvelle situation, nouvelle approche. Au fil du temps, les comportements au sein de la classe politique se sont eux aussi métamorphosés, au point que certains ont crié au scandale, estimant que nous vivons la période de l’unanimisme politique, représentant un handicape majeur à la bonne marche de la démocratie.

Les réactions et agissements de certaines composantes de la classe politique n’ont pu rien changer dans la donne, puisqu’une nouvelle ère a vu le jour, celle de la politique du ventre. Ceux qui avaient promis du temps de l’Adema d’animer l’opposition se sont rétractés. L’opposition est devenue comme la peste.

Certains esprits malins ont constitué deux groupes. Pendant que l’un accompagne le pouvoir ; l’autre donne l’impression de s’y opposer. N’est-ce pas une manière de tromper le peuple ? En agissant ainsi, ils entendent préserver la crédibilité de certains acteurs politiques face à l’histoire ; mais ils ont oublié que c’est la crédibilité de leur parti qui en prend un coup dur. Le moment venu ils l’apprendront à leurs dépens.

La stratégie consiste à bénéficier du beurre et de l’argent du beurre. Le moment venu, lors des campagnes de la présidentielle, peu d’acteurs politiques pourront critiquer la gestion du pouvoir par ATT, étant donné qu’ils en furent parties prenantes. Aussi, les partis politiques ont eu, le long du processus démocratique, du mal à pérenniser leur cohésion interne.

Ceux ayant opté pour l’opposition ont progressivement perdu en audience dans le contexte actuel de la politique du ventre. Chacun des cadres des partis, à quelques exceptions près, entend se voir promu dans les hautes fonctions de l’État, non seulement pour apporter son expertise à l’œuvre de construction nationale, mais aussi et surtout afin de se faire une meilleure santé financière.

C’est pourquoi l’option de l’opposition est détestée comme la peste par nombre d’acteurs politiques et de militants. C’est par là même que l’on sent peu de patriotisme chez la plupart des acteurs politiques, tout comme chez les militants qui se font d’ailleurs de plus en plus rares au Mali où les voix sont couramment monnayées.

Ainsi, peut-on conclure que nous sommes à l’heure du pouvoir destructeur de l’argent, rendant ainsi peu lisibles les rapports de forces entre les partis politiques. Tel est l’argument tenu par plusieurs acteurs politiques de sensibilités différentes. Certains sont issus de grands partis, d’autres, de partis ayant réalisé peu de performances lors des dernières élections communales. Pour ainsi dire, il y a l’unanimité autour de l’escalade de fraude électorale sur fonds de corruption politique et d’achat de conscience.

Le pays en chantier a besoin de reconversion de mentalités afin de conférer à la gouvernance plus de solidité. La finalité recherchée doit être une meilleure répartition des fruits de la croissance économique. Cela exige de chacun et de tous des sacrifices qui ne sont pas au-dessus de nos forces, nos moyens et notre imagination.

Si on ne parvenait pas à atteindre cette approche de la gestion des affaires publiques, les couches les plus défavorisées de la société continueront à se plaindre, voire à s’agiter à la longue et à juste raison. Tout ne fut certes pas rose par le passé, chaque régime, chaque pouvoir ayant irréfutablement ses hauts et ses bas, ses forces et ses faiblesses.

Au stade actuel, il est plus que jamais nécessaire qu’on ne se cramponne pas à des comparaisons parfois stériles dont l’objet est plutôt partisan qu’objectif et sincère.

La voie royale vers l’atteinte de cet objectif majeur est sans doute des efforts soutenus des autorités à créer davantage de ressources et à faire en sorte d’améliorer de façon continuelle les conditions de vie et de travail et partant, d’appliquer enfin des mesures tendant à réduire progressivement la marge de manœuvre des fossoyeurs de la démocratie et de la République.

Il est difficile que nous parvenions si tôt à cette approche de la gestion des affaires publiques, étant donné qu’au sein de la classe politique, il y a l’unanimité qu’aucun parti seul ne peut remporter les élections présidentielles.

Si c’est toujours le cas pour 2012, il y a très peu de probabilité que cette attente sera comblée. Dans les pays pauvres, la gestion des affaires publiques apparaît comme un cadre de partage de gâteau. Quel est le chef de l’État qui parviendra à mettre fin à cette pratique si pour accéder au pouvoir, il a besoin de l’appui substantiel et conditionnel de plusieurs partis politiques qui, par finir, deviennent ses partenaires dans le cadre de la gestion des affaires publiques ?

Certainement qu’il y a des cadres qui peuvent mettre en œuvre des programmes et projets avec davantage de rigueur, mais à condition qu’ils acceptent de trahir ceux grâce auxquels ils accèdent au pouvoir. Aura-t-on un jour la chance d’avoir un président qui serait élu sans le soutien de plusieurs partis politiques ? Cela est impensable aujourd’hui.

Mais même dans ce cas, ce serait l’hégémonie d’un parti et de ses cadres et militants au sein du pays avec son cortège de frustrations, puisque là encore, il ne sera pas question d’empêcher les chevilles ouvrières du succès électoral à sucer le sang du peuple.

Bref, il faudra travailler au changement de comportement, de mentalité pour s’élever plus haut en menant la croisade contre la corruption et la délinquance financière qui gangrènent notre économie.

Les dés sont jetés…

Dado Camara

27 Janvier 2010.

 

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