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Départ de Mugabé : Une bataille de gagnée mais pas la guerre

Après le coup de force de l’armée qu’il a forgée de ses mains, après le désaveu tonitruant de ses compagnons de maquis, c’est au tour de son parti politique, la Zanu-PF, de lui indiquer la porte de sortie. Tous ces ex-piliers du régime dictatorial du vieil homme se rejoignent sur un point. Le départ de celui qu’ils ont contribué à déifier avec méthode et à l’ombre duquel ils ont mis du beurre dans leurs épinards pendant presque 4 décennies.

Dès lors, l’on comprend pourquoi ils sont gênés aux entournures quant à la manière dont il faut se débarrasser de lui. Ils sont d’autant plus gênés, pour deux raisons essentielles. D’abord, ils sont tous moralement et politiquement responsables des excès de Mugabe. Ensuite, l’on peut avoir l’impression que personne ne veut prendre la responsabilité de profaner le totem que celui-ci représente dans l’histoire de la longue lutte de libération du pays. C’est cela qui justifie, peut-on dire, la manière soft avec laquelle ses anciens camarades souhaitent qu’il débarrasse le plancher.

Le départ négocié de Mugabe est en soi bon à prendre

C’est à cet exercice cornélien que s’est livrée l’armée nationale, si l’on peut l’appeler ainsi, le 19 novembre dernier, en le rencontrant. Et l’on peut dire que Mugabe n’a pas d’autre choix que celui de prêter une oreille attentive à la Grande muette qui, depuis le début des évènements, le caresse dans le sens du poil. Il reste à apporter une touche légale et républicaine à la chose en confiant le reste du boulot à la ZANU-PF dont le comité central s’est réuni, le 19 novembre dernier à Harare, pour se pencher sur la situation. Et comme l’on pouvait s’ y attendre, la plus haute instance du parti au pouvoir a refusé de ramer à contre-courant non seulement de l’armée, mais aussi de l’écrasante majorité de ses démembrements. Cela dit, le départ négocié ou forcé de Mugabe, c’est selon, est en soi bon à prendre. Et les raisons sont les suivantes. D’abord, lorsque l’on fait le bilan de l’homme, l’on peut se rendre compte qu’il est à mille lieues de certains des idéaux pour lesquels il s’était courageusement insurgé contre l’ordre colonial. En effet, aux excès du pouvoir raciste de l’époque, Robert Mugabe n’a fait que substituer les excès des bonzes de son parti et ceux de sa famille biologique. Ensuite, aucun homme, quelles que soient ses qualités réelles ou supposées, n’a le droit de mettre un peuple sous ses bottes pendant l’éternité. « Aussi longtemps, dit-on, que la nuit durera, le jour finira par se lever ». C’est ce phénomène, somme toute naturel, qui s’observe aujourd’hui au Zimbabwe. Robert Mugabe et le peu d’irréductibles qui le soutiennent encore, seraient bien inspirés d’en prendre conscience et de se rendre à l’évidence que sa page est définitivement tournée. Il leur reste peut être l’ultime chance de négocier leur place avec les puissants du moment, dans le Zimbabwe post-Mugabe. L’armée, il faut le dire, est en train de se livrer à une œuvre de salubrité publique. C’est pourquoi tous ceux qui ne jurent que par les voies légales et républicaines de dévolution du pouvoir, se gardent de lui jeter la pierre. La communauté internationale et l’opposition politique zimbabwéenne sont dans cette posture. Cette dernière, par la voix du secrétaire général du MDC (Mouvement pour le changement démocratique), Douglas Mwanzara, se dit disposée à accepter le scénario où le vice-président, Emmerson Mnangagwa, remplacerait Mugabe. A ce propos, il a laissé clairement entendre ceci : « s’il s’agit de monsieur Mnangagwa, nous travaillerons avec lui lors de la transition car, c’est ce que veut la loi ». Ce scénario est désormais plus que acté, puisque la plus haute instance du parti a décidé d’exclure Mugabe de ses rangs, et lui donne jusqu’au 20 novembre à midi pour quitter le pouvoir. Et l’injure suprême pour le vieux Bob et de sa dulcinée Grâce, c’est que c’est leur plus grand ennemi, c’est-à-dire le crocodile, sobriquet de Mnangagwa, qui est pressenti pour prendre les affaires du pays en main.

Mnangagwa ne représente pas une alternative crédible

D’ailleurs, des chants à sa gloire ont été entonnés, hier, par les membres du Comité central du parti, pour saluer sa victoire sur les Mugabe. Le vice-président peut donc, pour le moment, boire son petit lait et avec lui, tous ceux qui étaient excédés par les frasques du sulfureux couple. Cela dit, on peut donc dire que bien des Zimbabwéens perçoivent cette mise à l’écart politique du vieux Bob, ironie de l’histoire, par le parti qu’il a lui-même porté sur les fonts baptismaux et qui l’a accompagné tout au long de sa dictature, comme une bataille de gagnée. Mais la guerre pour la démocratie n’est pas pour autant terminée. En effet, le vice- président, Emmerson Mnangagwa, ne représente pas une alternative crédible pour arrimer le Zimbabwe à la démocratie. Son parcours politique, passé sous la guidance de Mugabe, a forgé en lui une carrure et un profil qui s’accommodent mal des exigences de la démocratie. Sa promotion politique à laquelle l’on assiste, a de fortes chances de s’apparenter au fait de remplacer le choléra par la peste. De ce point de vue, le risque est grand qu’il fasse du Mugabe sans Mugabe. Cette inquiétude est d’autant plus à prendre au sérieux que les révolutions de palais, comme c’est le cas aujourd’hui au Zimbabwe, ont pratiquement toujours accouché de changements dans la continuité. L’opposition politique zimbabwéenne a donc vu juste, à propos du gouvernement de transition qui se profile à l’horizon et auquel elle compte participer en relevant ceci : « Il faut un gouvernement qui s’attaque directement à la pauvreté et à la crise économique, et surtout qui prépare des élections libres et honnêtes ». Et au-delà de l’opposition politique zimbabwéenne, c’est tout le peuple qui doit surveiller la suite des évènements comme du lait sur le feu, de manière à ne pas permettre que le système vermoulu de Mugabe survive à son géniteur. Mais l’on peut se risquer à faire confiance à ce peuple, même s’il n’a pas été l’auteur du départ de Mugabe. En effet, ils sont nombreux les Zimbabwéens qui ont déjà signifié à la SADEC qu’ils ne voulaient pas de sa médiation pour gérer les problèmes politiques de leur pays. Et ce message est un bon signe d’un peuple qui veut s’assumer en dehors des organisation sous-régionales fantoches qui encombrent malheureusement le paysage africain et qui ont toujours plaidé la cause des dictateurs au détriment de celle de leurs peuples. Et la SADEC pourrait être l’une d’elles.

« Le Pays » du 20 Novembre

 

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