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  Nord Mali
Qui arme les Touaregs ?

Il n’est pas facile de faire la part des choses dans une crise qui échappe de plus en plus à toute lecture stratégique.

A la suite de mon article intitulé «  Nord-Mali : Rompre avec le passé  » paru dans Les Echos, j’ai reçu un e-mail d’un ami belge, ancien volontaire de Terre des Hommes dans la région. Voici l’essentiel de ce qu’il m’a écrit : «  ... En dépit de la pertinence d’une grande partie de ton analyse, je trouve dommage que tu soupçonnes certains réseaux européens de sympathie pour la cause touarègue par ce vieux fonds raciste et colonialiste qui subsiste en Europe. Je ne nie pas le fait que des Français ou Belges sabrent le champagne en apprenant les « exploits » des hommes bleus au Niger ou au Mali ; je ne nie pas qu’il y ait des gens en Europe qui embrasseront toutes les causes du moment qu’elles permettent de maintenir l’Afrique dans la décadence, mais réduire l’apport européen aux cercles nostalgiques de l’Afrique à papa est simpliste. Après tout, ce ne sont pas les Européens qui ont créé le problème. Ce sont les Touaregs qui s’arment et combattent des pouvoirs corrompus qui ne leur font aucune place. Si tu veux savoir qui arme les Touaregs contre le Mali, cherche-le au sein des trafiquants d’armes qui prospèrent dans le monde. La question touareg n’est pas que malienne, elle interpelle aussi la conscience du monde... »

Avant d’avancer, j’aimerais rapporter quelques précisions même si ma compétence en histoire de la région reste limitée. Dans mon article mentionné plus haut, je pose des questions sur les raisons de la défaillance de l’Etat malien à trouver une solution définitive à la crise. Je précise également que les Maliens ont appris à faire la différence entre les revendications légitimes des Tamashek et le banditisme motivé par des raisons purement criminelles. En définitive, je n’accuse personne en Europe ou ailleurs ; je constate. Je pose des questions sur certaines complaisances et surtout, la propension de quelques nostalgiques de l’Afrique coloniale à glorifier le moindre geste posé par les rebelles du Septentrion.
Ces précisions étant faites, je pense qu’il est important, entre adultes, de se dire certaines vérités et d’éviter certaines connivences qui, par le silence, se muent en complicité criminelle. J’ai discuté avec de hautes personnalités maliennes qui ont géré la rébellion des années 1990 ; j’ai discuté avec des hauts gradés de l’armée malienne qui ont passé des mois, voire des années dans le Nord en ces temps-là. Ils m’ont produit des preuves irréfutables que pendant ces années de braise, des ONG européennes, sous le couvert de la mission humanitaire, fournissaient aux rebelles des véhicules tout-terrain leur permettant de commettre les attaques éclair et meurtrières contre les populations civiles.

Ces contacts m’ont remis des informations précises notamment sur le meurtre du chef d’arrondissement de Toguéré Koumbé par des rebelles à bord d’une 4x4 fournie par une ONG scandinave. Ils m’ont remis des comptes rendus détaillés des audiences que certains diplomates européens accordaient à l’aile politique de la première rébellion.

De faux amis

J’ai passé en revue toutes les informations diffusées par les ONG et certains cercles de défenseurs des droits de l’Homme : les animateurs de ces organismes n’ont jamais condamné le massacre de populations noires par les différents groupes armés du Nord. Autant ils étaient prompts à dénoncer les exactions de l’armée malienne, autant ils devenaient brusquement sourds-muets et aveugles quand c’étaient des Noirs qui étaient massacrés. Ce n’est pas du racisme ou du ressentiment, c’est la stricte vérité. Il y a également des preuves irréfragables que les insurgés recevaient de l’argent et des armes de certaines ONG européennes.

Il me semble que la simple honnêteté intellectuelle nous oblige à voir certaines réalités en face : les rebelles touaregs des années 1990 ne disposaient d’aucune source de revenus leur permettant d’acheter des armes auprès des trafiquants internationaux. Ils n’avaient même pas de quoi manger a fortiori acheter des armes. S’ils ont pu faire la guerre et tenir tête à l’armée malienne, c’est qu’ils ont été ravitaillés en armes et munitions par des personnes qui en ont les moyens. Il n’y a aucune manufacture d’armes ou de BRDM à Kidal ou Menaka. Est-ce un crime de l’avouer ? Pourquoi les fournisseurs d’armes ruent dans les brancards quand leur responsabilité est évoquée dans ce conflit ?

Je terminerai en revenant sur ma conviction profonde à propos de ce conflit : il perdure depuis 47 ans parce que le Mali est un pays mal géré, corrompu, incapable d’entrer dans la modernité et que nos gouvernants ont failli ; le conflit perdure parce que des mains étrangères alimentent le brasier. Il y a, je persiste et signe, des individus tapis dans l’ombre qui encouragent certains Touaregs à la révolte permanente. Enfin, je pense que le Mali, en tant que nation organisée, doit changer de stratégie dans sa gestion de la crise au Nord. Il faut que les Maliens se résolvent à comprendre qu’ils sont les seuls à détenir les clés de la paix. Cela passe par une prise en charge nationale du problème.

Le Mali doit mettre à l’écart, sans état d’âme, tous les bailleurs de fonds, médiateurs, ONG ou amis hypocrites de l’Afrique qui ont des agendas cachés. Il doit voir sous leur sourire, le mépris de la nation. Nous avons aujourd’hui la chance de compter parmi les Tamashek eux-mêmes au moins 95 % de personnes qui n’aspirent qu’à la paix et à la justice. Ce sont elles qui doivent aider la nation à se débarrasser des fauteurs de guerre. Le Mali n’a besoin ni de la pitié ni de la concupiscence de l’Europe pour ce faire.

Il est possible d’arriver à une paix définitive qui ôtera enfin le pain de la bouche de ceux qui se font passer pour les amis des Touaregs alors qu’ils n’accepteront jamais de les accueillir dans leur douillette Europe. Il nous faut apprendre à remettre les faux amis à leur place et détecter les vrais amis, ceux avec lesquels le Mali sera enfin en paix avec une partie intégrante d’elle-même.

Ousmane Sow (journaliste, Montréal)

25 septembre 2007

 

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