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  Nord Mali
Dossier sur le Nord Mali

La partie septentrionale du Mali présente aujourd’hui un spectacle de désolation. Enlèvement de personnes, explosion de mines, attaques à mains armées, assassinats et accrochages entre récalcitrants et forces régulières s’y multiplient. Les différents pouvoirs du pays ont connu la rébellion et chaque régime l’a géré à sa manière. Mais, que se cache derrière cette rébellion à répétition ?

Sommaire :
- Nord Mali, les dessous de la rébellion
- Pacte national et accord d’alger : Des engagements non respectés
- Questions à l’Algérie
- Fagaga mène le jeu
- Bahanga tel qu’en lui-même
- Ce que j’en sais : Jamais la paix avec Bahanga et compagnie
- Un ancien militaire s’exprime
-  Implication de l’Algérie : Une démarche toujours pas comprise


NORD-MALI : LES DESSOUS DE LA REBELLION


La partie septentrionale du Mali présente aujourd’hui un spectacle de désolation. Enlèvement de personnes, explosion de mines, attaques à mains armées, assassinats et accrochages entre récalcitrants et forces régulières s’y multiplient. Les différents pouvoirs du pays ont connu la rébellion et chaque régime l’a géré à sa manière. Mais, que se cache derrière cette rébellion à répétition ?

En réalité, tout est parti d’une question d’autonomie. En effet, les populations touarègues qui pensaient ne pas ne se retrouver dans la nation malienne ont voulu au départ une certaine autonomie vis-à-vis du Mali. Ce que les autorités de l’époque, des patriotes convaincus, ne pouvaient accepter. La rébellion a été matée jusque dans les années 1990 au point que la question avait été classée dans le placard des oubliettes.

Mais, à cause de la sécheresse, beaucoup de jeunes Touaregs se sont retrouvés en Libye. Là-bas, ils ont été enrôlés dans l’armée et ont été faire le coup de feu sur plusieurs champs de combats. De retour au pays, ils ont revendiqué, militairement, que les régions nord du pays, soient prises en compte dans les politiques nationales de développement. Selon eux, les régions nord étaient des laissés pour compte des différents régimes. Ce qui expliquait le fait qu’elles soient à la traîne par rapport à celles du Sud. Avec la signature du Pacte national en 1992, cette préoccupation a été prise en compte.

Contre toute attente, c’est le 23 mai 2006 que les Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga se sont signalés en attaquant les camps militaires de Ménaka et de Kidal sous prétexte que l’Etat n’avait pas tenu toutes ses promesses. Mais, dans cette affaire, il y avait un dessous politico-diplomatique. En effet, l’implantation du consulat libyen à Kidal n’était pas bien vue du côté de l’Algérie qui est farouchement opposée à la Libye au sein de l’Union du Maghreb arabe (Uma).

Les Algériens avaient interprété l’ouverture du consulat comme une connivence entre notre pays et la Libye afin de permettre à cette dernière d’installer un poste de surveillance de l’Algérie à partir du Mali. Ce qui a fait dire à beaucoup d’observateurs que les attaques du 23 mai ont été planifiées et orchestrées par l’Algérie. Là aussi, une solution a été trouvée au problème avec la signature des Accords d’Alger le 4 juillet 2006 sous le parrainage de l’Algérie.

Officiellement, apprend-on, sur les 18 points contenus dans le protocole d’accord, seul un n’a pas encore connu un début d’exécution. L’on ne comprend pas alors qu’Ibrahim Ag Bahanga ait repris les armes sous prétexte qu’il n’est pas entièrement satisfait des dits accords.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est relative à la constitution des unités spéciales prévues par les Accords d’Alger. Qu’il s’agisse de Bahanga ou d’Hassane Fagaga, chacun revendique des zones qu’ils veulent contrôler. Ils s’attendaient donc à ce qu’on leur confiât le commandement de certaines unités spéciales car avec la constitution de celles-ci, ils vont perdre leurs zones d’influence. N’ayant pas eu gain de cause, ils ont alors repris les armes en mai puis en août derniers.

La question qui taraude les esprits, c’est : pourquoi tiennent-ils tant à contrôler les zones frontalières du Mali avec le Niger et l’Algérie ? Tout simplement parce qu’il est prouvé que ces zones sont de carrefours importants dans le trafic international des armes et de la drogue entre le Moyen-orient, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Nul doute que c’est ce trafic qui profite à Bahanga et à ses ouailles. Raison pour laquelle ils ne veulent pas perdre la dite zone.

Mohamed Daou

Les Echos du 21 septembre 2007


PACTE NATIONAL ET ACCORD D’ALGER : DES ENGAGEMENTS NON RESPECTES


Aucune solution durable, voire définitive ne semble s’ébaucher pour permettre le retour de la paix au nord du Mali. Les différents accords de paix, notamment le Pacte national et l’Accord d’Alger, ont révélé leur fragilité au fil du temps.

Le Pacte national et l’Accord d’Alger sont les deux documents, du moins ceux que l’opinion nationale malienne connaît le plus et qui ont été signés entre le gouvernement malien et les différentes rébellions touarègues du pays.

En avril 1992, le Pacte national de paix est signé entre le pouvoir de la Transition présidée alors par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et les représentants des Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (Mfua). Il avait suscité beaucoup d’espoir car il succédait à un précédent accord conclu un an auparavant à Tamanrasset (Algérie) par le régime vacillant du général Moussa Traoré.

Ce document est demeuré totalement ignoré de la population malienne et il est resté lettre morte. A preuve, l’accentuation des attaques à la fin du régime de GMT. Le Pacte national prétendait alors répondre cette fois-ci à l’une des revendications majeures des Mfua à savoir : accorder un statut particulier aux trois régions du Nord (Azawad).

Les négociations qui ont abouti à ce Pacte ont été menées avec la médiation de l’Algérie. Et même si la France, le pays colonisateur, n’intervient pas officiellement dans ce processus, le projet de décentralisation présenté par son représentant Edgard Pisani, servira de feuille de route pour l’élaboration du document final.

Aussi, le Pacte national définit-il un nouveau découpage administratif du Nord-Mali, fondé sur des assemblées locales, régionales et interrégionales. Le Pacte national prévoit, entre autres, l’intégration des combattants des Mfua dans les différents corps en uniforme, des cadres touaregs dans la fonction publique, la création de patrouilles mixtes pour assurer la sécurité, un programme de rapatriement des réfugiés, une aide au développement du Nord, une commission indépendante d’enquête...

Ces points ont été, en partie, réalisés. Mais, des faiblesses ont compromis la réussite du Pacte national dans certaines de ses composantes. La première faiblesse fut que le Pacte national ne fit pas l’unanimité au sein des mouvements touaregs eux-mêmes.

Beaucoup de combattants, des partisans farouches du fédéralisme, c’est-à-dire de l’indépendance de l’Azawad tout court, ne s’y associèrent point. Ce fut le cas, en particulier, du secrétaire général du Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA), Rhissa Ag Sidi Mohamed. Cette figure emblématique de l’histoire de la rébellion touareg est soutenue dans sa position par une partie de la jeunesse touarègue.

L’autre faiblesse du Pacte s’explique par le fait que les populations civiles du Mali n’ont pas été associées à son élaboration : ni les représentants des milliers de réfugiés en Mauritanie et en Algérie ni ceux des différentes communautés vivant au nord et dans le reste du pays. Le Pacte national n’a pas fait l’objet de lobby au sein de toute la population malienne afin qu’elle y adhère. C’est la raison pour laquelle, il n’a pas été étonnant de voir des voix qui s’élevaient pour le dénoncer.

En effet, le Pacte national, tout comme le sera aussi l’Accord d’Alger, était beaucoup plus perçu par les Maliens comme un privilège, ouvrant grandement les portes de la fonction publique et accordant des avantages économiques à des gens qui ont versé du sang, qu’un instrument politique de stabilité dont le pays a réellement besoin.

D’ailleurs, le gouvernement de transition n’eut pas le loisir de respecter le calendrier d’application de l’accord, car deux semaines après la signature du Pacte, le gouvernement dirigé par Soumana Sako cédait l’épineuse question à Alpha Oumar Konaré, fraîchement et démocratiquement élu président de la République. Le Pacte prit une allure de cadeau empoisonné. Les bailleurs de fonds internationaux, qui étaient censés soutenir la paix en finançant les projets de développement, n’honorèrent point leurs engagements.

D’autres part, au sein des mouvements, les dissidences se multiplièrent. Les causes de ces divisions sont diverses : partisans et adversaires du Pacte, conflits personnels entre dirigeants, course au pouvoir, règlements de comptes entre composantes traditionnelles de la société touarègue... Les conflits latents au sein des mouvements s’envenimèrent. Ainsi, surviennent les attaques des camps militaires de Kidal et Ménaka puis la création de l’Alliance démocratique du 23-Mai pour le changement.

L’Accord d’Alger, signé le 4 juillet 2006 à Alger par le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales et l’Alliance, sous les auspices de l’Algérie, était censé mettre fin à cette nouvelle reprise des hostilités. Il prévoit, entre autres, le développement des infrastructures. Mais, les événements, qui ont lieu actuellement dans la localité de Tinzawatène prouvent à suffisance l’échec de cet accord.

En effet, Fagaga et Bahanga, les principaux chefs de cette rébellion, ne réclament ni plus ni moins que l’application de l’accord d’Alger dans toutes ses dispositions. Mais, l’alliance exige surtout la réinsertion socio-économique de ses ex-éléments. « Ce qui reste à faire, c’est les réinsertions socio-économiques des ex-éléments de l’Alliance dont un nombre est déjà identifié. Il y a aussi un grand développement de la région à faire, dont les routes... Il y a des choses qui ne sont pas faites, mais il y a une confiance qui s’installe » , avait déclaré sur les antennes de RFI, le mois dernier, Ag Bibi porte-parole de l’Alliance, au sortir de la rencontre d’évaluation de l’Accord d’Alger.

Il avait ajouté que « les autorités n’ont pas tenu toutes leurs promesses » . Et le représentant de l’Etat reconnaissait que « ce n’est pas facile d’appliquer tout cet accord... Nous gérons le problème ici au Mali avec un rythme acceptable devant toutes les opinions » .

Récemment, le gouvernement avait déclaré devant les diplomates accrédités au Mali, que presque tous les points desdits accords connaissaient un début d’exécution. Le retard pris dans l’exécution des différents programmes ne peut pas justifier les actes crapuleux que Bahanga et ses acolytes sont en train de commettre maintenant à Tinzawatène. C’est que l’Alliance a compris et s’est désolidarisée d’eux en restant dans le camp de la légalité et de la fidélité à l’esprit de l’accord qu’ils ont délibérément signé.

Denis Koné

Les Echos du 21 septembre 2007


QUESTIONS A L’ALGERIE

Devons-nous nous féliciter de l’accompagnement du voisin algérien ou nous en inquiéter ? Que pense l’Algérie de la rébellion au nord du Mali ? Que fait ce pays voisin concrètement pour appuyer ou pour faire en sorte qu’il ne soit ni une base arrière, ni un financier ou simplement le livreur des rebelles ?

Qu’aurait fait ce «  pays ami », si un de ses officiers avait déserté avec armes et bagages pour se réfugier au Mali ? Nous aurait-il demandé de le lui livrer, ou aurait-il accepté de nous une médiation ?

Par rapport à l’Algérie et aux deux derniers bruits de bottes dans notre Septentrion, les Maliens sont mal à l’aise et ne s’expliquent pas du tout l’attitude de ce pays à qui nous avons offert asile et protection lors de sa guerre de libération.

Pour les Maliens, plus que la Libye, l’Algérie n’est pas neutre dans les rébellions à répétitions de Fagaga et de son compère. Leur base dans le Tégharar est distante de 110 km des frontières de l’Algérie.

Notre « voisin d’en haut » prouverait difficilement sa bonne foi dans les multiples médiations qui, curieusement, ne réussissent qu’à lui seul. D’ailleurs, depuis les accords alambiqués d’Alger, la religion de l’homme de la rue est faite : ce pays que nous avons considéré comme frère, se sert d’un groupuscule pour déstabiliser à chaque fois qu’il le souhaite le Mali.

Pour quelles raisons ? Il faut certainement faire recours, pour cela, à la géostratégie régionale pour esquisser un début de réponse. Pêle-mêle, on peut parler de l’ex-GSPC, du consulat libyen, de la base américaine...

Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat qui est en train de faire sa jonction avec Al-Qaïda pour créer une branche maghrébine est très actif dans la région et constitue l’épine dont Bouteflika ne parvient pas à se débarrasser. Sa conduite actuelle laisse à penser qu’il veut nous fourguer cette patate chaude en les chassant au Mali, leur faisant une porte de sortie.

Quand les Libyens ont ouvert un consulat à Kidal, l’Algérie n’a pas caché son mécontentement au point qu’il avait coupé les vivres à la région, créant de graves pénuries à Kidal, essentiellement ravitaillé officiellement et à partir du trafic, par l’Algérie.

La mutinerie des intégrés de 2006 avait été analysée comme un coup de l’Algérie, soucieuse de ne pas se laisser enfermer par l’omniprésent Kadhafi. Sur cette logique peut-on également lire le coup d’humeur de Fagaga, car, dans la région sont présents les Américains. Or, c’est connu, ce sont les présences américaines qui attirent les terroristes, islamistes et autres anarchistes et non l’inverse.

Quoi qu’il en soit, il faut que, par rapport à nous, l’Algérie clarifie sa position.

Alexis Kalambry

Les Echos du 21 septembre 2007




FAGAGA MENE LE JEU


Nous sommes une multitude à nous poser des questions sur les rapports de force sur le terrain, car, c’est Fagaga seul qui décide. C’est lui qui attaque, qui décide des trêves, qui est présent dans les médias, bref, tout semble se passer comme s’il menait l’armée régulière au doigt et à la baguette.

Balkanisée par les frontières de la Libye, d’Algérie, du Niger et du Burkina Faso, mais aussi du Nigeria ou du Tchad, la région concernée habite les Touaregs qui n’y sont même pas majoritaires.

Le 11 février 2006, l’ex-lieutenant-colonel Fagaga à la tête de plusieurs autres bandits - déserteurs de l’armée ou ex-combattants non intégrés - quittent la ville de Kidal pour se retrancher dans les montagnes situées non loin de la localité. Début d’une rébellion armée ? Acte de banditisme sur fond de chantage et de menace ? Tentative de rançonner l’Etat ? Mécontentement suite à l’ouverture du Consulat libyen à Kidal ?

Au fil des jours, ces interrogations, en l’absence de réponses nettes et précises, prennent des allures de spéculations. Pour justifier alors ces attaques, Fagaga avait émis trois préoccupations principales : l’autonomie de la région de Kidal pour son développement, les difficultés d’intégration rencontrées par ceux qui sont dans l’armée et le sort de ceux qui ont déserté et qui souhaitent réintégrer les forces armées maliennes.

Ils ont eu satisfaction sur toute la ligne. Mais, pour cette fois-ci, bien malin qui pourrait dire la raison pour laquelle les intégrés, chefs militaires, représentants de collectivités au niveau des instances de prise de décisions ont repris les armes, cette fois-ci, en montant d’un cran dans l’escalade, en posant des mines anti-chars et anti-personnel.

Ce sera le même scénario : Fagaga fait ce qu’il veut, prive des enfants de leur père, des épouses d’un soutien et, fatigué ou ayant obtenu gain de cause, obtient la mansuétude, revient dans les rangs. En entendant une prochaine fois.

L’Etat a ses raisons que la raison ignore.


Alexis Kalambry

Les Echos du 21 septembre 2007


BAHANGA TEL QU’EN LUI-MÊME


En posant des mines antipersonnel contre leurs propres communautés, les ex-rebelles Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga ont démontré que leurs revendications ne sont pas le développement des régions du Nord comme ils aimaient à le dire, mais plutôt le commerce de la drogue.

Embuscades contre des patrouilles de l’armée régulière, convois, civils ou militaires, sautant sur des mines tels sont, entre autres, crimes perpétrés par les terroristes trafiquants de drogues, Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga, deux bandits armés qui sèment la terreur dans le Nord-Mali. Tous deux anciens combattants de la rébellion de 1990, les deux bandits vivent dans des zones montagneuses à la frontière algérienne.

Après un bref séjour en Palestine et en Libye comme mercenaires, avec d’autres chefs rebelles, ils prennent les armes contre le pouvoir central en revendiquant le développement des régions du Nord. Très vite le pouvoir de l’époque négocie. Les accords de paix signés en 1996 au Niger, sous le parrainage de l’Algérie, rétablissent le calme dans la région.

En mars 1996, à Tombouctou, au Mali, les rebelles de l’Azawad (Est) mettent leurs armes au bûcher baptisé « Flamme de la paix ». Dans les deux pays, des combattants irrédentistes sont intégrés dans l’armée régulière, des plans de développement régionaux lancés. Mais des éléments exogènes vont pousser une minorité va-t-en-guerre à reprendre les armes.

Le 23 mai 2006, deux bataillons de l’armée malienne sont attaqués à Kidal et Ménaka. Le gouvernement et les rebelles sollicitent une médiation algérienne, qui débouche sur un accord de paix signé le 4 juillet suivant. La trêve ne dure que quelques mois. Le 11 mai 2007, un des signataires de l’accord d’Alger, Ibrahim Ag Bahanga entre en dissidence. Et mène des opérations à Tinzawaten, qui se soldent par la perte de plusieurs vies humaines.

L’homme, selon un camarade à lui, n’est qu’un simple soldat de la rébellion de 1990, qui s’est fait connaître en attaquant les populations civiles et militaires par des systèmes de guérillas. Pour notre interlocuteur, Ibrahim Ag Bahanga n’a aucune légitimité. « Nous condamnons ses actions avec la dernière énergie » . Ancien Vétéran de la Légion verte, formée à la fin des années 1980 par Mouammar Kadhafi, Bahanga est loin de faire l’unanimité. Connu pour ses prises de position militaires, « il n’a jamais cru à la solution politique » , dit un ancien camarade à lui.

Sa première défection a eu lieu quelques mois après la « Flamme de la paix ». Il a quitté l’armée malienne, où il avait été intégré au grade de sergent-chef. Trois ans plus tard, le rebelle s’attaque à une patrouille de l’armée, prend en otage des soldats et demande que son village natal de Tin-Essako acquière le statut de commune.

Bahanga obtient gain de cause, mais le président Alpha Oumar Konaré refuse de le réintégrer dans l’armée régulière. L’homme ne se calme pas pour autant. Il pousse le lieutenant-colonel Hassan Fagaga à passer à l’acte en mai 2006 à Kidal et Ménaka. Finalement écarté de la rébellion par la grande figure touarègue Iyad Ag Ghali, Bahanga fait le dos rond et attend son heure.

Il exprime ses réserves à l’égard de l’accord d’Alger, travaille au corps les rebelles ayant déposé les armes et, en mai 2007, parvient à convaincre une cinquantaine d’hommes de le suivre dans le maquis de Tinzawaten. Et le 30 août 2007, il obtient le ralliement du lieutenant-colonel Hassan Fagaga. Ils parviennent à prendre en otage des civils et militaires et posent comme condition première à toute négociation avec le gouvernement, le départ de l’armée nationale de Tinzawaten pour libérer les otages.

Selon des services de renseignement, la nouvelle base d’Al-Qaïda en Afrique pourrait être la zone sahélienne. Ces bandits armés de Bahanga et de Fagaga qui ont les coudées franches dans cette zone pourraient être des partisans de ben Laden. « C’est une région inhospitalière où ils font ce qu’ils veulent. Le Nord est immense, ses frontières sont impossibles à surveiller, ils ont trouvé mieux que transformer cette partie du territoire en une zone de trafic de drogue » , ajoute notre interlocuteur.

Toutes choses que les autorités ont confirmées en qualifiant Ibrahim Bahanga et sa bande de terroristes et de trafiquants de drogue. La communauté internationale, les ressortissants du Nord tous ont condamnés les attaques des deux terroristes.

Amadou Sidibé

Les Echos du 21 septembre 2007



CE QUE J’EN SAIS : JAMAIS LA PAIX AVEC BAHANGA ET COMPAGNIE


La paix ramenée dans le Nord du Mali en juillet 2006, grâce à la médiation de l’Algérie, est en train de voler en éclats à cause de l’appétit insatiable d’un groupe d’irrédentistes.

Les accords signés, l’année dernière, entre les représentants de la rébellion et les autorités maliennes, sous l’égide de l’Algérie, se trouvent piétinés par une partie des rebelles qui ont repris les armes malgré l’opposition de la grande majorité de leurs anciens acolytes, surtout des principales tribus touarègues qui ne veulent pas d’une autre déstabilisation de la région dont le développement est, aujourd’hui, l’une des grandes priorités de l’action gouvernementale.

C’est à la fin du mois d’août et au début du mois en cours que les troubles dans cette région se sont accrus avec l’enlèvement, les 26 et 27 août derniers, de plusieurs dizaines de personnes (des militaires et des civils) et la prise pour cible de postes militaires de l’armée malienne. Pis, Ibrahim Ag Bahanga n’a pas hésité à miner le terrain pour empêcher toute poursuite. Des mines anti-personnel qui font chaque jour des victimes innocentes.

Certes, les efforts fournis par le chef de l’Alliance du 23-Mai pour la démocratie et le changement, Iyad Ag Ghaly, ont permis d’obtenir le 31 août une trêve entre les parties en conflit, mais cette paix a fait long feu malgré l’engagement pris par les rebelles touaregs de ne plus attaquer l’armée régulière et de ne plus procéder à des enlèvements. Contre toute attente, la tension a repris le dessus le 12 septembre dernier lorsqu’un avion américain parti ravitailler l’armée régulière, isolée dans ces contrées désertiques, a été pris pour cible par des rafales tirées par les rebelles.

Deux jours après, c’est l’escalade avec l’attaque lancée contre un poste militaire toujours à Tinzawaten. Toutes ces attaques ont un nom : Ibrahim Ag Bahanga. Si le chef de file des rebelles est connu de tous, puisqu’il n’hésite pas à revendiquer les actions qu’il mène, ses motivations le sont beaucoup moins. Quelles sont les raisons qui l’ont amené à rompre la trêve moins de deux semaines après l’engagement arraché par le chef de l’organisation rebelle touarègue ? Toujours est-il que, aujourd’hui acculé par l’armée malienne, il a décrété une autre trêve unilatérale. Pour mieux se préparer à semer la terreur une fois de plus ? La réponse est évidente pour tous ceux qui connaissent ce bandit de grand chemin.

Qui soutient Bahanga et Fagaga ?

Même si Bahanga et ses hommes revendiquent une connexion avec le Mouvement nigérien pour la justice (MNJ), ils n’ont pas les mêmes ambitions que ces rebelles touaregs du Niger. Ceux-ci réclament une meilleure insertion des Touareg dans l’armée, les corps paramilitaires et le secteur minier local. Ce qui est déjà une réalité au Mali depuis le Pacte National de 1992 et les Accords d’Alger du 4 juillet 2006. Ils n’ont jamais remis en cause la souveraineté du Niger. Mieux, le MNJ ne cesse de montrer sa bonne foi et son ouverture au dialogue.

En témoigne la libération de 14 soldats nigériens, le 16 septembre dernier, suite à une intervention de la Libye. Aujourd’hui, les « bandits armés » maliens (selon une appellation officielle) se servent des soldats enlevés comme des boucliers humains. Pour le moment, les « bandits armés » de Tinzawaten ont récusé toutes les médiations, y compris celles entreprises par les notabilités touarègues de la région. Ce qui n’est ni plus ni moins que le signe de leur mauvaise volonté. Ils n’acceptent les trêves que lorsqu’ils se sentent acculés par l’armée malienne déterminée.

Pis, Bahanga a posé des mines empêchant les soldats maliens de revenir en arrière. Comment ? C’est la question que tout le monde se pose car c’est la première fois que les mines sont utilisées dans une crise au Nord-Mali. On sait aussi que les rebelles nigériens n’ont pas encore recours à ce genre de lâcheté. D’où viennent alors les « experts » qui ont aidé la troupe à Bahanga à miner notre Septentrion ? Ils sont nombreux les observateurs qui indexent encore l’Algérie.

C’est d’ailleurs dans les montagnes de ce dernier pays que sont encore détenus les « prisonniers de guerre » de Bahanga. Pour quelle raison alors l’Algérie saborde-t-elle les Accords signés sous son égide ? Nous n’en voyons pas ! Sauf qu’il y a une interconnexion entre les bandits armés de Kidal et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Un groupe terroriste dont beaucoup de membres ont été formés en Afghanistan, y compris des spécialistes en explosifs et en mines. D’ailleurs, l’intervention des Américains aux côtés de l’armée malienne crédibilise cette thèse.

Que veulent les « bandits armées » ?

Quelle doit être aujourd’hui l’attitude des autorités maliennes ? Voilà une question que la majorité des Maliens se pose aujourd’hui. Et ils sont loin d’êtres divisés sur la réponse : riposter à la hauteur de l’affront ! Il faut traquer Hassan Fagaga et Ibrahim Bahanga dans leurs derniers retranchement quel que soit le prix à payer. Ceux qui ont critiqué les Accords d’Alger ne l’ont pas fait pour mettre le gouvernement dans l’embarras, mais parce qu’ils étaient conscients que rien ne pouvait satisfaire des criminels comme ceux qui ensanglantent présentement le Nord de notre pays, en s’en prenant même aux populations civiles au nom desquelles ils disent pourtant se battre. Ils savaient que, tôt ou tard, ceux qui ne trouvent pas leur compte dans la paix allaient reprendre les armes. Et c’est ce qui s’est passé en mai et août 2007.

Ces «  bandits armés » ont accepté les Accords d’Alger du bout des lèvres dans l’espoir de se voir confier le commandement de certaines unités spéciales. Ce qui leur aurait permis de consolider leur main mise sur cette zone de trafic d’armes et de drogue par excellence. Cela a été confirmé par le directeur de la Dirpa (direction de l’information et des relations publiques des armées), le colonel Abdoulaye Coulibaly, qui disait récemment, «  le poste militaire de Tinzawaten dérange Bahanga parce que c’est le passage des trafiquants de drogue, d’armes et de cigarettes. Ce passage est, pour le moment, bouché par nos troupes » .

Voilà leurs seules motivations parce qu’ils ne peuvent plus brandir des revendications politiques et socioéconomiques. En effet, de la signature du Pacte national à celle des Accords d’Alger, l’Etat malien a consenti des efforts colossaux pour développer les régions du Nord. Bahanga et Fagaga savent pertinemment que leurs frères sont aujourd’hui présents dans toutes les institutions de la République. Une large place leur a été faite dans la Fonction publique, dans les forces armées et de sécurité, à la douane...

La cérémonie de la Flamme de la paix organisée le 27 mars 1996 avait été considérée comme une étape importante dans la consolidation du processus de paix et le retour de la confiance entre les protagonistes de la crise du Nord. Ce jour-là, les Mfua ont annoncé leur auto-dissolution. Plus de 2500 combattants de l’ex-rébellion ont été intégrés au sein de l’armée nationale, dans les corps paramilitaires et dans l’administration d’Etat.

Une loi portant amnistie a été promulguée le 7 mars 1997. Cette loi et le recul de l’insécurité ont favorisé le retour de près de 130 000 réfugiés, parfois avec le concours du HCR. En 1996, un ministère chargé des Zones arides et Semi-arides a été créé pour impulser des actions de développement notamment dans les régions du Nord. Des projets de développement comme le Psark, le Projet Mali-Nord, le Projet Fida (mis en veilleuse du fait de l’insécurité)... ont été relancés avec le retour progressif à la normale.

Mieux, de nouveaux projets ont été conçus pour soutenir le processus de paix.
C’est le cas du Programme d’appui à la réinsertion des ex-combattants du Mali (Parem) lancé avec le soutien des partenaires bilatéraux et multilatéraux avec une enveloppe totale de près de 6,3 milliards de F CFA. Cette phase de réinsertion avait pris fin le 31 décembre 1997. Il y a aussi le Car-Nord (Consolidation des acquis de la réinsertion) a comme son nom l’indique, pris le relais du Parem de 1998 à 2003 avec une enveloppe de près de 3,2 milliards de F CFA.

Sans compter que 866 projets individuels ou collectifs ont été financés. Des primes de mobilisation d’un montant d’environ 881 millions de F CFA ont été payés aux ex-combattants. Et le Programme d’appui au développement local (PADL) et le Projet Mineka ont été mis en œuvre vers la fin des années 1990 avec chacun une enveloppe de plusieurs milliards de F CFA. L’Agence de développement intégré au Nord (Adin) a été créée par la suite pour impulser un développement intégré du Nord. Le Programme intégré de développement des régions du Nord (PIDRN) a pris récemment le relais de l’Adin. Et presque tous les 18 points des Accords d’Alger ont été exécutés ou sont en voie de l’être. Que veulent encore Bahanga et ses hommes ?

Le temps de la fermeté

Il est temps que les autorités maliennes fassent preuve de fermeté à leur égard et ceux qui ces faux amis qui les soutiennent. Ils ne peuvent pas continuer à enlever des soldats, à tuer des civils par des mines posées et à se réfugier impunément chez quelqu’un qui se con­sidère comme un ami du Mali et qui doit beaucoup à notre pays pour sa libération du joug colonial.

Toute la communauté internationale reconnaît aujourd’hui qu’Ibrahim Ag Bahanga et Fagaga ne sont autres que des « ban­dits armés », voire des « terroristes » . A ce titre, ils ne doivent bénéficier d’aucun droit d’asile dans aucun pays soucieux du respect de la légalité interna­tionale. Les bandits armés ne peuvent avoir d’autres privilèges que d’être livrés à la justice de leur pays pour être jugés.

Comme le Mouvement patriotique malien Gandha Koy, les Maliens se posent beaucoup de questions sur les nombreuses résurgences de la violence dans le Septentrion du Mali. A quand le retour définitif de la sécurité dans le Septentrion ? A quelles conditions et avec qui ? Les gouvernants ont-ils les moyens (matériels et financiers, humains, etc.) de leur politique de sécurité et de protection des communautés et leurs biens dans le Nord ? Qui conseille les autorités pour le retour définitif de la paix ? Dans quel intérêt le gouvernement actuel est-il en train de traîner les pieds inutilement ?

Ce qui est sûr, comme le disait Félix Houphouët-Boigny (paix à son âme) de la Côte d’Ivoire, « la paix est un comportement » . Celui affiché par les Fagaga et Bahanga prouve qu’ils méritent de croupir dans une prison et non acceptés à une table de négociation, pour payer les crimes qu’ils n’ont cessé de commettre depuis des décennies.

Moussa Bolly

Les Echos du 21 septembre 2007



UN ANCIEN MILITAIRE S’EXPRIME

Militaire à la retraite, notre interlocuteur, qui a fait un moment partie de ceux qui étaient chargés de la sécurité du président Modibo Kéita, nous fait part de son expérience du conflit et de sa vision des faits. Il pense que les rebelles doivent être combattus. Mais...

La rébellion dans le Septentrion malien est sur toutes les lèvres, elle ne laisse personne indifférent. C’est l’occasion pour cet ancien militaire, qui a défendu les couleurs nationales au nord en 1973-1974 de nous livrer ses impressions sur le problème tout en parlant de son expérience. D’abord, il tire le chapeau à l’ancien président Alpha Oumar Konaré. « De Modibo Kéita à ATT, aucun président n’a pu résoudre l’épineux problème du Nord. Mais, le président Konaré a réussi à calmer la situation pendant un bon moment » , reconnaît-il.

S’agissant de son expérience de 1974, il évoque surtout les difficultés auxquelles ses compagnons et lui ont fait face. « En 1974, nous avons été mandatés à Tinka, non loin de Tessalit pour une durée de 6 mois. Nous étions environ 600 personnes. L’expérience a été difficile à cause de notre méconnaissance du terrain et souvent à cause des problèmes d’approvisionnement en vivres auxquels nous faisions face », se souvient-il.

Le résultat est que « des camarades, dont des officiers, sont morts soit perdus dans le désert ou même à cause de la soif » . Cependant, il pense que la situation d’alors est différente de celle de maintenant, qui semble « plus complexe ».

C’est pourquoi, tout en admettant que ces « quelques rebelles » , qui prennent « en otage toute la nation » , doivent être combattus avec la dernière rigueur, il appelle à la vigilance et à la prudence des autorités dans la gestion de ce dossier.

Comme le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Djibril Bassolé, émissaire du président Compaoré au chef de l’Etat, notre interlocuteur est convaincu que « l’option militaire n’est pas la bonne » . Il se félicite d’ailleurs de la politique des négociations prônée jusqu’à présent par les autorités nationales même s’il ne veut pas épiloguer sur la pertinence des différents accords, dont celui d’Alger.

« L’offensive militaire n’est pas la solution à ce problème récurrent. Les rebelles connaissent non seulement le terrain mieux que nous, comme l’atteste l’usage des mines, mais il est très difficile pour des personnes étrangères à la localité de s’y adapter. Souvent, même enturbanné, on ne peut rien voir à cause du vent qui soulève du sable ».

Dans de telles conditions, « il est quasiment impossible de traquer les adversaires. Donc, la situation géographique et les conditions locales ne nous sont pas favorables » . Au-delà, le septuagénaire a souligné qu’ « en cas de guerre, il y aura beaucoup de victimes innocentes étant donné qu’il est souvent difficile d’identifier les rebelles des autres citoyens » sans « oublier le fait que la guerre peut nous réserver des issues inattendues ».


Ogopémo Ouologuem6 stagiaire

Les Echos du 21 septembre 2007


IMPLICATION DE L’ALGERIE : UNE DEMARCHE TOUJOURS PAS COMPRISE

Notre voisin du Nord, l’Algérie, s’est toujours impliqué dans la résolution des différentes rébellions que notre pays a connues de l’indépendance à nos jours. Mais de plus en plus, des Maliens doutent de la bonne foi de ce pays à éteindre le feu au Nord-Mali.

L’histoire contemporaine de notre pays nous enseigne que le Mali a beaucoup contribué dans la lutte de libération du peuple algérien. Le Mali indépendant était même une base arrière pour l’armée de libération algérienne (FLN). L’actuel président, Abdelaziz Bouteflika a longtemps séjourné à Gao pendant tout le temps qu’a duré la lutte de libération coloniale.

Cette relation d’amitié et de coopération a laissé des empreintes. L’Algérie considère le Mali comme un pays frère et ami. Elle s’est impliquée dans les conflits armés successifs du Nord que nous avons connus de l’indépendance à nos jours.

Récemment a été signé sur la terre algérienne l’Accord du même nom entre l’Alliance du 23-Mai pour le changement et les autorités nationales. Les réunions de suivi de cet accord se sont poursuivies dans ce pays jusqu’au dernier soulèvement de la troupe de Bahanga. Le pays de Bouteflika, par la voix de son ambassadeur, vient de réitérer au président de la République, au cours d’une audience mercredi, sa détermination à offrir sa médiation dans la nouvelle crise entre l’Etat et les rebelles.

La démarche de médiation de l’Algérie est remise en cause par bon nombre de citoyens. Certains voient de plus en plus une main complice de notre voisin qu’ils qualifient de grand manitou des rebelles. Seydou Bandian s’exprimant sur Radio Klédu, il y a quelques semaines, a fait remarquer qu’il est sidéré par l’attitude de l’Algérie qui n’aurait pas dû accepter la signature l’Accord d’Alger sur son territoire mais au Mali. Selon lui, le premier accord signé entre les rebelles et Mobibo Kéita en 1960 a été fait au Mali.

Ce qui intrigue plus d’un Malien, c’est que chaque fois que Bahanga et Fagaga font leur coup, ils trouvent refuge sur le territoire algérien. D’après des sources, ils sont même dotés de véhicules et d’équipements de guerre par les autorités d’Alger au motif de combattre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, une bande rebelle qui sème la terreur dans le désert algérien).

Il y a de quoi chercher à comprendre les raisons profondes qui poussent l’Algérie à utiliser des militaires d’un pays ami et frère même sous le couvert de la rébellion pour combattre ses propres rebelles.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 21 septembre 2007


 

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