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Attaque Aziz Istanbul : Le coup de grâce pour Kwamé Nkrumah ?

On avait tort de penser que même s’ils devaient revenir, ce ne serait pas au même endroit. Et pourtant ! Quelque dix -huit mois après l’attaque du Cappuccino et du Splendid hôtel qui avait fait une trentaine de morts le 15 janvier 2016, les terroristes sont retournés sur les lieux du crime le dimanche 13 août 2017. C’est un autre restaurant qui a été pris pour cible : Aziz Istanbul, tout aussi sélect, à un jet de pierre du Café tenu par l’Italien Gaetan Santonéma. Le bilan est presque aussi lourd : une vingtaine de cadavres, selon un bilan qui n’était encore que provisoire, laissées sur le carreau (dont sept Burkinabé) par ces visiteurs indésirables du soir, de nombreux blessés et des rescapés encore sous le choc.

Qui a bien pu commettre ce coup-ci cette infamie sans nom ? Les enquêtes en cours nous situeront sans doute là-dessus, à moins qu’une revendication ne vienne d’ici là lever un coin du voile sur l’identité des tueurs. En janvier 2016, on se rappelle, la boucherie portait la signature, en lettres de sang, d’Al Mourabitoune. Le Burkina était désormais dans l’œil du cyclone, pardon du Borgne Mokhtar Bel Mokhtar ainsi qu’on surnomme celui qui a perdu l’usage d’un de ses yeux en Afghanistan. Faut-il de nouveau regarder dans cette direction ? Dans celle d’Ansarul Islam d’Ibrahim Mallam Dicko qui est déjà en train de se sanctuariser dans le sahel burkinabè, particulièrement dans la province du Soum ? Ou…Ou…faut-il encore chercher plus loin ?

On ne sait pas si la cible a été choisie au hasard (ce qui est rarement le cas puisque de longues semaines voire de longs mois de repérages précèdent souvent les actions) mais le fait qu’elle soit un restaurant turc laisse songeur. Le Burkina a-t-il pu être une victime collatérale des mesures de représailles internes et externes prises par Recep Tayip Erdogan contre le cerveau présumé du coup d’Etat dont il a réchappé le 15 juillet 2016, Fettulah Gullen et tous ceux qui sont suspectés, à tort ou à raison d’être les maillons de sa longue chaine internationale ? On se souvient en tout cas qu’après le pronunciamiento, certains intérêts turcs à travers le monde (et les Etats qui les abritent) ont fait l’objet de pressions plus ou moins discrètes de la part d’Ankara. Dans les milieux turcs de Ouaga cependant, on semble rejeter cette piste turque qui serait invraisemblable.

Beaucoup de questions donc, et aucune réponse pour le moment. Seule certitude, ce nouvel attentat pourrait être le coup de grâce pour Kwamé Nkrumah qui se relevait déjà difficilement de la tragédie de janvier 2016. La vie avait pourtant repris à peu près son cours normal même si, de l’avis général, « les affaires ne marchent plus » et le « Cappuccino paalga » avait ressuscité de ses cendres plus splendide et sécurisé que jamais. Hélas, avec cette déflagration, il faut craindre que la plus belle avenue du Faso, jadis si courtisée, ne soit délaissée par le petit monde de la nuit une fois le soir venu.

Ironie du sort, deux semaines avant le drame, le Dr Ahmad Abdou Salam Sawadogo, membre du comité des oulémas du mouvement sunnite burkinabè et doyen de l’université Al Houda dédicaçait le 1er août à…Aziz Istanbul, son livre « vaincre la bombe atomique sans un seul coup de feu ». Pour ce massacre de la saint Hippolyte, il n’aura fallu que quelques sulfateuses pour semer la mort et la désolation.

Mais s’il est quelque chose dont on peut se consoler en ces jours de malheur, c’est l’extraordinaire résilience dont font montre les Burkinabè. La première fois, la capitale était comme morte, tétanisée par ce coup de massue qu’elle redoutait certes mais qu’elle n’imaginait pas juste au moment où un nouveau pouvoir s’installait. Hier, rien de tel. Les Ouagalais ont déroulé leur agenda habituel, circulant comme si de rien n’était, ouvrant maquis, bureaux, banques, boutiques, même sur la portion de Kwamé Nkrumah qui n’était pas bouclée pour les besoins de l’enquête.

Une formidable résilience développée face à l’innommable comme s’ils avaient déjà appris à vivre avec la bête et qu’ils n’entendaient pas plier l’échine devant des obscurantistes ivres de sang. N’est-ce pas finalement la meilleure réponse, si c’est une thèse qui devait s’avérer, à cette nébuleuse islamiste abusivement appelée djihadiste et dont les méfaits sont aux antipodes de ce que prescrit toute religion digne de ce nom ?

OUSSENI ILBOUDO

L’Observateur Palaaga du 15 Aout 2017

 

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