Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Sur le fil de l’actu...
Sommets de l’UA : De beaux discours et puis…plus rien

Pour les chefs d’Etat concernés, le sommet du G5 Sahel qui s’est tenu dimanche à Bamako sur l’opérationnalisation de la force commune aura quelque part servi d’entrée en matière à la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine qui se tient depuis hier à Addis-Abeba.

Parmi en effet les questions cruciales que ce 29e sommet ordinaire va aborder, se trouve le lancinant sujet de la paix et de la sécurité dans une Afrique encore et toujours traversée par des crises plus ou moins endémiques.

Il y a bien sûr le narco-djihadisme dans la bande sahélo-saharienne, Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, les violences en RDC, le Soudan du Sud où les espoirs nés de l’indépendance se sont tout de suite transformés en désillusions à cause de la guerre, la Centrafrique où les vieux démons sont de retour plus d’un an après l’accession au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra ou encore le bourbier libyen consécutif à la chute de Kadhafi, le non-Etat de la Somalie, et que savons-nous encore ?

Des crises souvent symptomatiques de l’impuissance d’une UA qui, malgré les nombreuses et récurrentes professions de foi de ses dirigeants, ne parvient pas à instaurer une paix durable sur tout le continent et à tracer les sillons d’un développement durable.

Comment le pourrait-elle d’ailleurs alors que la plupart des Etats membres sont désargentés et croulent sous le poids de nombreux arriérés de cotisations qui plombent les finances de l’institution ?

A quoi peut-elle prétendre quand plus de 75% de son budget provient des donateurs étrangers, l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine notamment ? On comprend donc que la mobilisation des fonds soit à l’ordre du jour de cette rencontre.

Au sommet de Kigali l’année passée à la même période, ces princes qui nous gouvernent avaient adopté le principe d’une taxe de 0,2% sur les produits importés non africains. Une idée généreuse qui peut contribuer à l’indépendance et à l’autosuffisance de l’UA calquée sur le modèle de la CEDEAO où cette formule existe déjà. Mais étendre l’assiette aux 55 pays membres de l’organisation continentale relève d’une véritable gageure. Il faut donc craindre que, comme tant d’autres bonnes résolutions, celle-là reste au stade de vœu pieux.

A côté de ceux qui se demandent à l’image des Sud-Africains si leur constitution leur permet d’affecter une partie de leurs ressources douanières à une organisation internationale, il y a d’autres comme l’Egypte et la Tunisie qui craignent que cette taxe contrarie leurs partenaires non africains. On n’est donc pas sorti de l’auberge africaine. Et ce n’est pas la décision, qui fait sourire, du vieux Mugabe de vendre 300 vaches puis de reverser la somme engrangée au budget de l’instance panafricaine qui y changera quoi que ce soit.

Sans moyens, l’envolée lyrique du président en exercice, le Guinéen Alpha Condé qui demande aux Africains d’investir dans la jeunesse restera au stade d’incantation. Et cette jeunesse désespérée qui a perdu tout repère et à qui le professeur Condé veut « ménager un présent acceptable et un futur meilleur » ira encore et toujours avec l’énergie du désespoir s’échouer sur les plages de Lampedusa, quand elle ne sera pas "mangée" par le désert impitoyable sur la route de la Libye. Rien que le 1er juillet dernier, 44 corps de migrants avaient été découverts dans les sables à proximité d’Agadez au Niger.

Les sommets de l’UA se suivent donc et se ressemblent avec les mêmes beaux discours, les mêmes promesses mirobolantes, les mêmes sermons enflammés et puis…plus rien. Rien à attendre à tel point que certains chefs d’Etats, pour une raison ou une autre, ont préféré ne pas faire décoller l’avion présidentiel ?

Parmi les grands absents en effet : le président Sud-Africain, Jacob Zuma, qui doit assister à une conférence du parti au pouvoir miné par des dissensions internes, le Sénégalais, Macky Sall, dont le pays organise des élections législatives le 30 juillet, l’Angolais, Eduardo Dos Santos, le Burundais, Pierre Nkurunziza, qui ne quitte plus son pays depuis mai 2015 et l’Egyptien, Abdefettah al-Sissi, en visite en Hongrie. Il y a aussi les grands alités : le président Nigerian, Muhammadu Buhari, actuellement à Londres pour des soins et l’Algérien, Abdelaziz Bouteflika, cloué dans un fauteuil roulant.

Les pays du G5 Sahel, pris dans la tourmente djihadiste, affichent, eux, complet à l’arrivée. Le président congolais Joseph Kabila, qui fait rarement le déplacement, est allé lui à ce sommet chercher le soutien de ses pairs alors que son régime est accusé par l’ONU de violations des droits de l’Homme.

Pendant que ces différentes délégations ont installé leurs pénates dans les palaces d’Addis-Abeba, la majorité des habitants du berceau de l’humanité se débattent toujours au quotidien pour survivre alors que ces mêmes dirigeants s’adjugent tout et même le superflu ainsi qu’on le voit actuellement avec le procès des biens mal acquis, vitrine hideuse des prédateurs qui ruinent leurs propres pays.

On a beau vouloir ne pas succomber à l’afro-pessimisme, il est quand même des moments où on se laisse gagner par le spleen malgré les quelques lueurs d’espoir qui viennent de temps à autre éclairer un tableau sombre.

Hugues Richard Sama

L’Observateur Paalga du 04 Juillet 2017

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2016 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés