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Autorisation par Patrice TALON des marches interdites au Bénin : Un bel exemple qui manque toutefois d’élégance

Au Bénin, le préfet de la région du littoral qui s’était opposé à la tenue de deux marches de protestation de la société civile et de l’opposition, a été désavoué par le chef de l’Etat, Patrice Talon, qui l’a « instruit aux fins d’autoriser les marches prévues initialement demain jeudi 22 juin 2017 dans la commune du littoral ». Le communiqué de la Direction de la communication de la présidence de la République du Bénin, daté du 21 juin dernier et qui annonce les faits, poursuit : « Le chef de l’Etat précise que la liberté d’expression et d’opinion des Béninois reste une valeur cardinale à ses yeux et ceci, quelles que puissent être les divergences politiques éventuelles qui peuvent exister ». Et ce n’est pas tout. En effet, à ceux de ses partisans qui voulaient organiser une contre-manifestation en réponse aux deux marches de l’opposition et de la société civile, le président Talon a souhaité qu’ils s’en abstiennent. Selon le même communiqué, « il attend plutôt d’eux qu’ils travaillent, où qu’ils se trouvent, à la réalisation du programme d’actions du gouvernement « Bénin révélé » ; seule manière de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations ».

La posture du président béninois mérite d’être saluée

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président béninois a fait preuve de sagesse et de grandeur d’esprit. Il aurait voulu donner de lui l’image d’un démocrate bon teint, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. D’autant que dans le cas d’espèce, bien de ses pairs du continent se seraient tout simplement tus pour laisser faire, s’ils ne donnaient même pas des instructions fermes pour mâter les manifestants en cas de non-observance de la mesure d’interdiction. On l’a récemment vu au Mali, où des manifestants ont été gazés en début juin par les forces de l’ordre, pour avoir voulu manifester pacifiquement sans autorisation. On l’a aussi vu au Gabon d’Ali Bongo, en RD Congo de Joseph Kabila ou encore au Burundi de Pierre Nkurunziza où tous les moyens sont bons et ont été jusque-là déployés pour casser de l’opposant. Au Burkina Faso sous Blaise Compaoré, l’opposition et le pouvoir rivalisaient d’ardeur dans le remplissage des stades recto-verso, à propos de la question de la modification de l’article 37 de la Constitution, pendant que les contremarches répondaient inlassablement aux marches. Toutes choses qui ont généralement le don de polluer l’atmosphère sociopolitique et de faire monter le mercure social. C’est pourquoi la posture du président béninois, qui est un fait assez rare sous nos tropiques pour être souligné, mérite, ne serait-ce que dans la forme, d’être saluée, même si dans le fond, d’aucuns peuvent trouver à redire. En effet, sous nos cieux, les manifestations de rue n’ont jamais laissé les régimes en place indifférents. Surtout s’il s’agit de dénoncer la gouvernance des tenants du pouvoir. C’est pourquoi, même si la mesure de Talon est applaudie par les uns, cela n’empêche pas les autres d’y voir une action populiste visant à faire remonter sa cote de popularité au sein de l’opinion nationale, après la bérézina de son projet de modification constitutionnelle à l’Assemblée nationale et l’histoire de sa maladie qui avait fait beaucoup jaser au pays du Vaudou.

Talon veut que son bilan parle pour lui

Quoi qu’il en soit, en demandant au préfet Modeste Toboula de surseoir à sa mesure d’interdiction des manifestations, le président Talon montre son attachement à la liberté d’expression. Cela est bon pour la démocratie. Là où le geste peut cependant paraître inélégant, c’est qu’il peut être perçu comme un désaveu cinglant du préfet, tendant à remettre en cause son autorité dans sa circonscription, si certains de ses concitoyens ne voient pas tout simplement en lui un collaborateur zélé, dont les décisions visaient tout simplement à plaire au prince. D’autant plus que sous nos cieux, cela est monnaie courante, alors qu’en réalité, ce sont des actes qui ne rendent pas véritablement service au chef. C’est le seul bémol que l’on pourrait noter dans la posture du président béninois, qui pourrait tout aussi bien être vue comme un message fort à l’endroit de ses proches qui voudraient se laisser gagner par une telle tentation. Quant à l’invite faite à ses partisans de s’abstenir des manifestations de rue et de surtout travailler à l’aboutissement de son programme, cela est la preuve que plus que ces manifestations de soutien, Talon veut que son bilan parle pour lui. Et pour cela, il a besoin que ses compatriotes le suivent dans son programme et se mettent au travail. De ce point de vue, l’on ne peut pas dire qu’il a tort. Car, il n’y a pas meilleure réponse à apporter à ses détracteurs que de travailler à l’atteinte de ses objectifs malgré l’adversité, en vue de l’amélioration des conditions de vie des populations. Tout le monde y gagne, sans oublier qu’en laissant la rue à ses adversaires, cela peut contribuer à la décrispation de la situation sociopolitique dans le pays. Un exemple à suivre.

Le Pays du 23 Juin 2017

 

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