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MOBILISATION CONTRE LE FRANC CFA : L’initiative sera-t-elle payante ?

C’est une forte clameur sur fond d’appel mondial à la mise à mort du franc CFA, qui s’est fait entendre ce week-end au-dessus de nombreuses capitales tant du Sud que du Nord. En effet, sur initiative d’Organisations de la société civile (OSC), se sont tenus des rassemblements, des manifestations et des conférences destinés à déverser dans les égouts de nombreuses métropoles mondiales, les vomis des Africains et autres amis du continent, contre ce qui apparaît aujourd’hui comme une survivance de la colonisation française en Afrique et une servitude monétaire. Créé en 1945, le franc CFA tient en dépendance par un lien ombilical, les 15 pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) plus les Comores et la France.


La question du franc CFA pose le problème même de la dignité et de la souveraineté de nos Etats

Même si les manifs du 7 janvier sont exceptionnelles par leur ampleur, il convient de relever que le combat n’est pas nouveau. Dès 1972, le président togolais, Sylvanus Olympio, avait fait part de ses réserves à Georges Pompidou quant à l’obligation faite aux Etats de la zone franc, de déposer la totalité de leurs réserves au Trésor français avant de lâcher : « Je vais faire mon possible pour que mon pays se passe de la France ». En 1963, selon certaines sources, il le payera de sa vie. Plus près de nous, les pépins du président ivoirien, Laurent Gbagbo, ne seraient pas étrangers aux velléités qu’il a eues de vouloir mettre en place une monnaie pour la Côte d’Ivoire et de se défaire ainsi de la tutelle française. C’est donc un sujet potentiellement mortifère que l’on a longuement couvé au secret comme un animal totémique, que les OSC africaines viennent de porter sur la place publique. Sans nul doute, ces manifestations qui font suite aux nombreux réquisitoires étalés dans la presse et sur les réseaux sociaux, suffisent déjà à donner la gratouille à ceux qui ne dormaient que d’un œil, depuis la mort annoncée de la Françafrique. C’est en cela qu’il faut déjà saluer l’initiative des OSC qui font preuve d’audace et de témérité sur le terrain de la défense des intérêts africains et qui savent bien être en phase avec les aspirations profondes des peuples africains. « Quand un homme refuse, dit l’adage bambara, il dit non » et on ne pouvait mieux l’exprimer que par cette journée mondiale de mobilisation. Mais au-delà du terrain de l’activisme des OSC, il faut le dire, cette affaire n’avait que trop duré. Près de cinq décennies après que le joug de la domination coloniale s’est brisé, l’Afrique continue de traîner comme un boulet au pied, le franc CFA devenu, au fil des années, un véritable objet de supplice. Nul n’est besoin d’être rompu aux sciences économiques de l’Université de Harvard, pour comprendre que l’obligation faite aux Etats africains de déposer 50% de leurs réserves au Trésor français comme fonds de garantie pour assurer la parité fixe du CFA avec l’Euro, assèche les sources de financements de leur économie. C’est environ 8 000 milliards de moins dans les flux financiers qui doivent irriguer les artères économiques de ces Etats réduits à être des accros d’un endettement chronique aux bénéfices exorbitants, auprès de ceux-là mêmes qui détiennent les cordons de leur bourse. Au-delà même de la sphère purement économique, cette question du franc CFA pose le problème même de la dignité et de la souveraineté de nos Etats. Cette dépendance vis-à-vis du Trésor français est des plus infantilisantes et ce cri du cœur des OSC, est la légitime revendication des Africains, du droit de gérer leurs propres affaires. La souveraineté passe aussi par la monnaie. Aussi drastiques que puissent être les conséquences annoncées du sevrage par les théoriciens de l’Apocalypse, à la fin du CFA, les Africains veulent en avoir leur propre opinion pour en tirer les leçons pour les survivants. Car la Guinée de Sékou Touré a bien survécu à l’indépendance que le Général De Gaulle offrait « avec toutes ses conséquences ».

Il est impératif de mettre fin à la procrastination qui frappe le projet de monnaie unique africaine

Le combat est donc juste et noble et comme tel, il faut se rendre bien vite à l’évidence qu’il n’y a pas de place pour un optimisme facile. D’abord parce que Paris, au-delà du discours lénifiant visant à lier l’avenir du franc CFA au bon vouloir des Chefs d’Etat africains, ne voit pas d’un bon œil cet appel à une deuxième mise à mort après qu’il a perdu son autorité politique (du moins dans la forme). Car, non seulement le système est conçu de manière à donner à la France dans les pays de la zone franc, une longueur d’avance sur ses concurrents, mais aussi il est un moyen de contrôle politique de son pré-carré africain. C’est dire à quel point il sera difficile pour la France de se faire harakiri. Mais le plus dur cependant ne sera pas de contraindre la France à lâcher prise, mais de construire, après la mise à mort du CFA, des économies stables. Le pari n’est pas gagné d’avance quand on voit les problèmes économiques que vivent certains pays qui disposent de leur propre monnaie. A titre d’exemples, le Nigeria et l’Afrique du Sud font face à une dépréciation sans précédent de leurs monnaies, plongeant leurs économies respectives dans de profondes crises. C’est dire que la revendication pour la fin du franc CFA, n’est pas la panacée et doit, de ce fait, aller de pair avec une gouvernance économique vertueuse, qui devra voir disparaître cette génération de chefs d’Etat ou de hauts responsables administratifs qui confondent allègrement leurs poches avec le budget de l’Etat. Mieux, les Etats doivent faire preuve de pro-activité pour ne pas se réveiller au lendemain des funérailles du CFA, avec la gueule de bois. Il est impératif donc de mettre fin à la procrastination qui frappe le projet de monnaie unique africaine, qui peu à peu, a pris les contours d’un véritable serpent de mer.

L’enjeu est donc de taille et le défi est plus lancé à l’Afrique qu’à la France. C’est en cela que le mouvement du 7 janvier ne devrait pas être l’affaire des seules OSC. Les politiques et les peuples doivent leur « acheter la bagarre » et la gagner.

« Le Pays » du 10 Janvier 2010

 

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