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GAMBIE : L’impasse !

Le quatuor de chefs d’Etat, dépêché par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’effet de ramener à la raison le président africain qui a le plus, tous les attributs d’un loufoque, c’est-à-dire Yahya Jammeh, a quitté, peut-on dire, la Gambie la queue entre les pattes. En effet, Yahya Jammeh n’a pas varié d’un iota dans sa logique de confiscation du pouvoir. Pour ne pas donner l’impression d’avoir effectué une mission qui s’apparente à une villégiature ou encore à une séance de lamentations collectives inutiles, la présidente libérienne, qui a conduit la délégation, a voulu sauver les apparences en laissant entendre ceci : « Un accord ne pourra pas être trouvé en un jour ». Madame la présidente, peut-on avoir envie de rétorquer, il faut appeler les choses par leur nom. La mission a été un cuisant échec. Et il ne pouvait pas en être autrement. En effet, Yahya Jammeh n’est pas un président normal. Il est non seulement l’otage de son goût immodéré du pouvoir, mais aussi l’otage d’une foule de sicaires qui, pendant deux décennies, l’ont encouragé et accompagné dans l’exercice du mal. Et tout ce monde qui a muselé, étranglé et tué des milliers de Gambiens, a tout à craindre d’un véritable renouveau démocratique incarné par l’élection d’un homme qui a la particularité de n’avoir jamais trempé la main dans le cambouis politique de la gouvernance de Yahya Jammeh.

Le satrape a bondi sur la petite faille de la CENI

En un mot comme en mille, la victoire inattendue de l’opposant Adama Barrow a jeté la panique généralisée dans le clan du satrape. Cette panique a pratiquement viré à l’hystérie face à la volonté manifeste du peuple gambien de demander des comptes hic et nunc à tous les concepteurs et exécutants de la satrapie de Jammeh. Il fallait donc dans l’urgence pour le demi-dieu de Banjul et ses disciples, trouver un moyen pour arrêter les choses pendant qu’il est encore temps. Et la trouvaille est de contester les résultats de la présidentielle devant la plus haute instance judiciaire de Gambie. Et sur ce terrain, l’on ne peut pas dire a priori qu’il n’est pas dans son droit. Il l’est d’autant plus que la Commission électorale, elle-même, a déjà fait état, dans un communiqué, d’erreurs dans la compilation des résultats, tout en précisant que cela ne remettait pas en cause la victoire d’Adama Barrow. L’occasion faisant le larron, le satrape a bondi sur la petite faille de la CENI pour crier à un hold-up électoral. Et pour trancher un tel contentieux, c’est la Cour suprême qui est habilitée à le faire. De ce fait, Yahya Jammeh n’a pas eu besoin de s’arracher les cheveux pour trouver la parade. Et celle-ci consiste à ressusciter la Cour suprême en nommant au passage des juges qui lui sont acquis pour exécuter la sale besogne sans aucune gêne et le tour est joué. Ce faisant, le satrape a conscience que ni les démocrates de son pays ni la communauté internationale ne seront disposés à avaler cette couleuvre-là. Mais de cela, il n’en a cure. En effet, l’homme est ainsi fait qu’il est toujours porté à mettre les pieds dans le plat, quitte à susciter la désapprobation généralisée. Cette marque de fabrique est inscrite dans son ADN. Dans le cas d’espèce, l’ultime but recherché par le dictateur est de mettre le pays dans l’impasse. Et c’est pratiquement chose faite. Son passage en force via sa Cour suprême, sera à coup sûr rejeté avec fermeté par tous ceux qui ont un minimum d’égards pour les principes de la justice et de la démocratie.

Il reste l’option de l’intervention militaire

La délégation de la CEDEAO a déjà mordu les carreaux. L’on peut même dire que le fou de Banjul a eu le toupet d’humilier dame Ellen Johnson Sirleaf et ses camarades. Il reste donc l’option de l’intervention militaire que la CEDEAO n’exclut pas, pour faire respecter le verdict des urnes. Ce scénario s’apparente à une solution grosse de dangers. En effet, Yahya Jammeh est dans une posture où l’instinct de conservation et le réflexe du noyé le prédisposent à brûler son pays, pour sauver son scalp et préserver la quiétude des sicaires qui l’ont aidé à régenter la Gambie pendant 22 ans. Déjà, un d’eux, en la personne du chef d’état-major des Armées, Ousmane Badjie, est revenu sur sa loyauté offerte à Adama Barrow la semaine passée et a déclaré ceci à la presse : « Jammeh me paie, c’est à lui que je réponds. » Quand on a la tête sur les épaules, on ne peut pas se fendre d’une telle déclaration. Car, cela revient à dire que l’Etat gambien, c’est Yahya Jammeh. C’est triste, mais c’est cela la vérité. Et la Grande muette gambienne a été nourrie de ce lait pendant 22 ans, à telle enseigne qu’aujourd’hui, elle a tous les attributs d’une véritable milice aux yeux de laquelle le mot démocratie est un gros mot. Pour parachever l’édifice de l’arbitraire, les sbires ont déjà pris en otage la Commission électorale nationale indépendante, accusée d’abriter en son sein des femmes et des hommes « qui n’ont pas peur de Dieu ». La seule lueur d’espoir pourrait venir des professeurs d’université et des avocats qui estiment que Yahya Jammeh a trahi le pays. Là aussi, il ne faut pas se faire beaucoup d’illusions, puisque le satrape est imperméable à toute analyse intellectuelle de nature à susciter en lui le renoncement et le fait qu’il y a une autre vie en dehors du pouvoir. De tout ce qui précède, l’on peut affirmer que Yahya Jammeh a réussi le tour de force de plonger la Gambie dans l’impasse. C’est pourquoi l’on peut être tenté d’écraser une larme pour le peuple gambien ; lui qui a eu la faiblesse de penser qu’un dictateur du grade de Yahya Jammeh pouvait être chassé du pouvoir par la magie des urnes.

Le Pays du 15 Décembre 2016

 

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