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  22 Septembre (hebdo du lundi)
Dr Ibrahim Togola, Président de Mali Folkcenter : « Mon grand rêve, c’est de doter le Mali de la plus grande centrale solaire en Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud »

Dans ce numéro nous vous proposons la dernière partie de la grande interview que Dr Ibrahim Togola, Président de Mali Folkcenter et lauréat du prestigieux Prix Albert Einstein, a bien voulu nous accorder.

Quel rôle l’énergie solaire, et plus généralement les énergies renouvelables, peuvent-elles jouer dans le développement d’un pays comme le Mali ?

Quand je faisais ma thèse, j’ai fait un peu de recherches. Je crois que tous les Maliens doivent être fiers de la grande vision que les pères de l’indépendance ont eue, dans la mesure où le Mali est le premier pays africain, dès 1961, à s’être doté d’un laboratoire d’énergie solaire. Même dans les pays industrialisés, à l’époque, il n’y en avait pas.

C’était donc une grande vision. Les cadres de l’indépendance se sont dit que cette énergie devait avoir une grande place dans le développement socioéconomique durable du pays. Par ailleurs, le Mali a été le premier pays dans le monde à s’offrir une très grande centrale thermique solaire. C’est la centrale thermique solaire de Diré, qui a fait du Mali un grand pionnier. Cette centrale a disparu. C’est une autre paire de manches.

Il n’en demeure pas moins que les pères de l’indépendance ont été très visionnaires en la matière. Sur la même lancée, le Mali a testé, avec l’Egypte, la première pompe solaire immergée.

C’était dans les années 1974-1975. Je pense que c’est fort de cela que notre pays a été désigné par ses pairs pour abriter le Centre Régional d’Energie Solaire (CRES), vers la fin des années 1970, début 1980. Donc, je dirais que la base, qui est très importante, est là. En termes de bilan, je dirais que, en tant que jeune Malien ayant étudié dans ce domaine, et revenu en 1998-1999 dans son pays, on ne réinvente pas la roue. Il s’agit donc de continuer sur le chemin qui a été tracé par nos aînés.

Cependant, notre génération a un avantage comparatif certain. Le monde est beaucoup plus uni, à travers les nouvelles technologies, et les technologies sont beaucoup plus avancées. Un paysan qui se trouve au fin fond de Niafunké peut appeler, à partir de son smartphone, Bamako, pour connaître le prix des matières premières. Avec la technologie, on n’a plus besoin de réseau, de câble pour éclairer des villages. C’est un autre avantage de ces avancées technologiques. C’est ce que Mali Folkcenter essaie de promouvoir.

Dire que l’Allemagne, qui est située dans l’hémisphère nord, arrive à avoir des Gigawatts solaires ! Nous, qui nous trouvons sur l’Equateur, nous devons nous faire un point d’honneur de domestiquer au maximum cette technologie. Il n’est pas admissible que l’Allemagne ait plus de 4 ou 5 Gigawatts en énergie et que le Mali n’atteigne pas 500 MW, toutes sources confondues - hydrauliques et autres - alors que ce sont 1 000 MW qui font 1 Gigawatt.

Nous n’avons même pas un Gigawatt, alors que l’Allemagne dispose de plus de 6 gigawatts, seulement dans le solaire.
Nous nous devons d’amener nos politiques à être plus ambitieux. Vous savez, il est admis aujourd’hui que, dans le monde, l’énergie est politique, l’énergie est stratégique.

L’énergie est un choix stratégique. L’énergie est pour l’économie ce que le sang est pour le corps humain. La stratégie économique d’un pays est primordiale et directement liée à l’option de la vision de développement socioéconomique du pays. C’est pour cela que, dans tous les pays du monde - les pays industrialisés aussi bien que les pays émergents - la place de l’énergie, le choix technologique énergétique, relève de la top stratégie et du domaine politique.

L’exemple qu’on peut citer en la matière aujourd’hui, c’est celui du Brésil. Le Brésil qui a décidé, dans les années 1970, contre vents et marées, d’opter pour le choix de l’éthanol comme carburant. Donc, les Brésiliens se sont dits : « nous, on va aller pour la biomasse, la canne à sucre, dont on va extraire l’éthanol pour pouvoir produire notre carburant ».

A l’époque, l’éthanol était trop cher, parce que le pétrole était beaucoup moins cher que de nos jours. Mais, aujourd’hui, avec l’effort, l’investissement et la vision stratégique et politique du Brésil, l’éthanol est devenu banal. Le Brésil fait voler des avions avec l’éthanol, déjà des véhicules fonctionnent à l’éthanol et cela vaut pour tous les besoins énergétiques des Brésiliens, y compris le combustible domestique…

Y compris l’industrie ?

Oui. Y compris l’industrie. Tout fonctionne avec l’éthanol. Même si, aujourd’hui, ils ont du pétrole, qu’ils utilisent pour l’exportation. Mais leur économie est basée sur une technologie reposant sur l’éthanol. Donc, les pays africains, notre pays en particulier, ne peuvent pas échapper à la nécessité de faire un choix stratégique par rapport à l’énergie.

Le choix énergétique ne doit pas consister à dire « telle technologie est chère ». Non, cela ne devrait pas être comme ça. Il s’agit, en fait, de se demander quelle est la place de la technologie par rapport à la stratégie nationale, à la vision du pays et à son orientation dans les 20, 30, 40, 50 années à venir.

Et, dans cette dynamique, le solaire ne peut pas être ignoré, pour la simple raison que, de Kidal à Kayes, d’est en ouest, le Mali est riche en soleil partout. Le pays a aussi l’avantage d’être traversé par deux fleuves très importants, dont les débits sont tributaires du climat. Aujourd’hui, le Mali peut faire des choix extrêmement importants avec la biomasse. Nous sommes un pays agricole, un pays de cheptel, nous avons des cours d’eau, du soleil en abondance et, par endroits, nous avons de l’énergie éolienne.

Je pense que le gouvernement a fait des efforts. Il y a eu des études très importantes. On dispose, aujourd’hui, de certaines cartes stratégiques - carte éolienne du Mali, la biomasse, le solaire. Il s’agit maintenant de se donner les moyens et une volonté déterminante pour aller dans la bonne direction. Je pense qu’actuellement il y a des initiatives sur le solaire qui sont en train de venir grâce aux autorités et qui peuvent avoir un impact important sur notre développement.

De quel potentiel le Mali dispose-t-il en matière d’énergie solaire ?

Les potentialités, c’est, d’abord, le rayonnement solaire ordinaire. L’autre potentialité, qui présente un grand avantage pour nous, c’est le fait que nous avons une densité très faible, une population très dispersée sur le territoire national. Si le Mali doit, par sa taille, sa superficie, amener des réseaux haute tension partout, cela sera très coûteux. Et ça ne sera même pas nécessaire. Nous avons aussi un autre avantage, c’est notre position géographique. Autrement dit, nous sommes un pays enclavé, obligé de faire venir des hydrocarbures de l’extérieur.

Toute configuration qui a ses avantages, qui plaident pour une solution décentralisée. Cette solution décentralisée durable va vers les énergies renouvelables. Moi, je ne dis pas seulement le solaire, dans la mesure où toutes les énergies proviennent du solaire : la biomasse vient du soleil, idem pour le vent. Je pense que nous avons un potentiel extrêmement important, très dynamique et nous nous devons de trouver les voies et moyens de le valoriser.

On sait que vous vous intéressez principalement à l’énergie solaire photovoltaïque. L’on sait également qu’il y a d‘autres branches de l’énergie solaire, telles que l’énergie solaire thermique haute température, qui autorise la construction de centrales solaires de grande capacité. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez tout à fait raison. Nous travaillons sur l’énergie solaire photovoltaïque parce que l’idée est simple. C’est qu’aujourd’hui le solaire photovoltaïque est une technologie très bien maîtrisée, modulable. Tu peux l’installer de 10 watts jusqu’à 100 MW. C’est un grand avantage et tu peux l’installer au fur et à mesure, en fonction de tes besoins.

Par contre, le solaire thermique, qui est une technologie qui est en train de venir aujourd’hui à grande vitesse, mais qui reste, à ce jour, quand même toujours coûteuse, une technologie CPS, c’est-à-dire des systèmes solaires avec concentration pour chauffer l’eau, avoir la vapeur et faire tourner des turbines.

Ce sont des technologies qui demandent une puissance importante. Le minimum pour que le dispositif soit rentable économiquement, c’est à partir de 100 MW. Et cela demande une certaine grandeur en superficie, qu’heureusement nous avons, mais qui demande aussi l’existence d’un certain nombre de réseaux, assez importants, denses, qui ne sont pas partout et qui impliquent également un coût d’investissement initial. Même si ce n’est pas toujours avec la qualité souhaitée.

En un mot, c’est une technologie à prendre au sérieux, qui est en train de venir et qui avoir une place de choix sur le réseau interconnecté. L’Afrique du Sud la développe, le Maroc aussi. Il y a aussi la place pour l’éolien, qui est importante dans notre pays en certains endroits, sans compter la biomasse et les microcentrales.

Quels ont vos projets à court, moyen et long termes ?

Actuellement, nous travaillons sur les centrales hybrides, pour permettre aux communautés de 1 000 à 10 000 habitants d’être sur le réseau. On travaille bien avec l’AMADER et le ministère de l’Energie, pour faire pénétrer l’énergie solaire en milieu rural et semi-urbain. Mon grand rêve, c’est de contribuer à doter le Mali de la plus grande centrale solaire en Afrique subsaharienne, hors Maghreb et Afrique du Sud.

Avez-vous des messages à l’endroit des pouvoirs publics, des jeunes et des Maliens d’une manière générale ?

Aux jeunes et aux Maliens, d’une manière générale, l’appel que j’ai à lancer est que l’on commence à croire en nous-mêmes. C’est la solution à tous nos problèmes. Aux pouvoirs publics, je demande d’accompagner la dynamique du génie malien et aussi de donner une priorité absolue aux énergies renouvelables, parce que c’est là que réside l’avenir de notre pays. Car l’investisseur a besoin de connaître le coût du kwh avant de venir s’installer.

Yaya Sidibé

 

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