La presse a monté en épingle l’histoire des femmes qui, mardi, et sous la brutalité du maintien d’ordre, se seraient dénudées pour maudire le pouvoir. En fait, même si ce n’est pas la première fois dans notre histoire récente. En mars 1991, face aux feux roulants des « services d’ordre » et dans les rues jonchées de cadavres, des mères de familles endeuillées ou menacées de l’être auraient recouru à cette forme extrême de désapprobation. On sait comment toute l’histoire a fini : le régime que tout le monde croyait fort s’est effondré comme un château de cartes.
Ensuite, lors de la crise électorale de 1997, des journaux ont barré leur « une » de la photo d’une femme qui se serait mise à nu au siège de l’Usrda pour maudire le pouvoir de Konaré. Là aussi, on sait comment cette histoire a fini : non pas par un putsch mais par ce que la révolution de mars 1991 demandait, à savoir l’alternance par les élections. Autant dire donc que le geste du mardi qui est devenu depuis le sujet de conversation favori de la capitale n’est pas forcément le signe précurseur d’une mauvaise fin de règne.
Mais ce n’est pas un bon signe, surtout s’il était évitable, c’est-à-dire résultant d’une décision instantanée qui dit toute l’impuissance de ses auteurs plutôt qu’orchestré dans les officines politiques. Et justement, des descriptions émotives qui ont été faites de cette marche avortée parce que chargée par la police, il n’y a pas l’ombre d’un doute : les confrères, quelles que soient leurs tendances dénoncent « les abus » et se rangent du côté des marcheurs.
Une telle unanimité est généralement surprenante chez nous et les pouvoirs publics ne peuvent pas ne pas en tirer les leçons. Lesquelles ? Tous les comptes rendus de presse, y compris la presse proche du pouvoir, témoignent de la violence de la répression. C’est une erreur, à moins que ceux qui nous gouvernent aient voulu tuer dans l’œuf un plan de subversion, et même là l’État de droit aurait tranché.
Donc, la fermeté qui est un réflexe à encourager dans tout État qui se veut fort et crédible n’est pas l’ennemi de la mesure et ici les forces de l’ordre peuvent simplement avoir forcé la note.
Le refus de délivrer une autorisation de marche à cette association de personnes déguerpies ou expropriées est-il de la même veine ? En l’absence de données plus précises sur le contexte, il est impossible d’être catégorique pour cette question.
Mais, à priori, une marche programmée par une telle association ne peut porter atteinte à l’ordre public qui doit être le motif de son interdiction que si elle se grossit au passage de groupes connaissant la même situation ou voulant parasiter l’initiative pour laisser libre cours à des frustrations d’une autre nature.
Ce qui, dans un cas comme dans l’autre, constitue un vrai problème de gouvernance dont les causes, les manifestations et les solutions doivent être recherchées. De plus, même si les contextes et les enjeux sont différents, la force d’un État réside dans sa cohérence.
Et ici, elle est questionnable. Car le risque de subversion était bien plus grand dans les marches contre le Code de la famille que la manifestation interdite du mardi qui trouve, tout de même, son explication soit dans la tyrannie soit dans le laxisme de l’État concernant les affaires foncières et domaniales, et vis à vis de l’urbanistique en général. Les textes sont généralement clairs mais comment expliquer à des populations exclues à la fois par la langue et le langage de l’État moderne qu’elles ne peuvent « qu’emprunter » la parcelle de leurs ancêtres ?
Comment concilier le coutumier et la loi afin de minimiser les conflits ? L’avenir, pour nous réside, dans la réponse à ces questions. Le Parena l’avait bien compris, durant la législature 1997-2002, qui était allé jusqu’à interpeller le président de l’Assemblée nationale sur l’adoption par ordonnance du Code domanial et foncier à l’époque. Le travail d’expert est requis, mais il faut par la suite un « dialogue inclusif ».
Les Etats généraux du foncier tenus chez nous dans une telle ampleur pour la première fois de notre histoire étaient assurément une forme de dialogue inclusif qui a abordé la problématique et balisé les réponses. La marche du mardi et la détresse des femmes en question indiquent toute l’urgence de mettre en œuvre le plan d’action issu de ces Etats généraux.
Mais un second contrôle de qualité, de cohérence et d’équité des mesures envisagées ne ferait mal à personne. Car, il ne faut pas se tromper : parmi les bombes qui menacent le pays, la bombe foncière est la plus imminente et la plus dangereuse.
Adam Thiam
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