Pour se rendre au Mali à partir de Dakar via les bus maliens, il faut ruser au risque de se faire agresser par l’aile dure du syndicat des transporteurs du Sénégal qui interdit les bus maliens (Ghana Transport, Sonef et Benso Transport) de prendre des passagers dans la capitale sénégalaise sous prétexte que leurs homologues maliens font de "la concurrence déloyale"
Aujourd’hui, pour se rendre au Mali à partir de Dakar, les passagers sont obligés de se déplacer jusqu’à Kaolack, une ville située à 185 Km de la capitale sénégalaise. Car les bus maliens ne sont pas autorisés à prendre des passagers à partir de Dakar.
C’est ce qu’a décidé l’aile dure du tout puissant syndicat des transporteurs du Sénégal sous prétexte que les transporteurs maliens font de "la concurrence déloyale " (sic).
Pour circonscrire à la situation, les syndicalistes sénégalais ont demandé à leurs homologues maliens de mettre fin à l’utilisation des gares parallèles à travers la ville, bien que la principale gare routière de Dakar ne réponde plus aux normes du trafic interurbain.
Ainsi, les transporteurs maliens ont été invités à élire domicile devant le stade Amitié Léopold Sédar Senghor. Ainsi, tout allait bien jusqu’à ce petit matin de l’année 2007 qui vit la cohabitation se dégénérer avec des confrontations entre transporteurs sénégalais et maliens faisant de nombreux blessés.
Face à la situation, les responsables des deux syndicats, sous la présidence des deux ministres en charge des transports, ont signé un protocole d’accord qui n’a pas résisté à l’épreuve du temps à cause des agissements de la partie sénégalaise.
En fait, selon des sources concordantes, le syndicat des transporteurs sénégalais fait une mauvaise guerre à leurs homologues maliens. En réalité, il ne s’agit point, loin s’en faut, de concurrence déloyale. Mais, plutôt, d’un problème entre transporteurs structurés et non structurés. Les transporteurs préfèrent plutôt les bus maliens à ceux des sénégalais qui manquent de toutes commodités pour un voyage agréable.
Face à ce constat amer, le syndicat des transporteurs sénégalais avait, dans un premier temps, imposé le système de tour. Malgré toutes ces précautions, leurs bus sont restés boudés par les passagers y compris leurs propres compatriotes. Comme on le dit "l’offre du service détermine la clientèle". C’est dommage que les transporteurs maliens soient victimes de cette loi économique.
Face à cette situation, il y a lieu de dénoncer le silence coupable des autorités maliennes qui laissent le sort de leurs compatriotes entre les mains de quelques syndicalistes indélicats obnubilés par la protection de leurs intérêts personnels et sordides.
Pour Amadou Sidibé, président du bureau des Maliens du Sénégal, "la situation se passe de tout commentaire. Nos compatriotes souffrent du diktat du syndicat des transporteurs sénégalais. Pour venir au Mali, c’est la croix et la bannière. L’on est obligé d’aller jusqu’à Kaolack dans des conditions très difficiles.
Là-bas, il arrive aux passagers de passer la nuit faute de moyen de transports. Les pauvres vieilles personnes sont les premières victimes de cette situation. Sans compter le coût du transport Dakar-Kaolack, Kaolack-Bamako". "Je n’ai pas vu la dépouille mortelle de ma sœur à cause de ce problème entre les syndicats des transporteurs" nous a confié un jeune Malien du nom de Amadou Beydi Diarra.
Quand l’État Sénégalais abdique devant son syndicat des transporteurs
Pour le directeur de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) Mor Tall Kané "la situation est triste et laisse apparaître que c’est l’Etat sénégalais qui abdique devant son syndicat des transporteurs en faisant preuve de faiblesse dans l’application des lois qu’il a lui-même pris dans le cadre de la libre circulation des personnes et des biens".
L’expert de la Cellule nationale de la CEDEAO à Dakar, Babacar Ba , n’a pas voulu se prononcer sur le sujet. Quant à l’Ambassadeur du Mali au Sénégal, Mme Ba Aoua Kéïta, elle s’est dit très gênée de voir la situation comme telle au regard des liens historiques existant entre le Mali et le Sénégal, considérés, à juste raison, comme deux poumons d’un même corps.
Elle espère qu’une solution idoine serait trouvée à l’issue de la Commission mixte qui doit se tenir en avril prochain après un premier report à la demande de la partie sénégalaise.
Même son de cloche chez M. Touré des Entrepôts Maliens au Sénégal qui estime que la situation va se débloquer dans un proche avenir au regard du cadre de dialogue existant entre les deux protagonistes.
Alassane Diarra
11 Mars 2010.
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