En marge du Forum organisé par l’Agence française de développement en partenariat avec la fondation Bill&Melinda Gates et la Banque mondiale, Leila Mokadem, chef de la division institution financière et micro finance de la Banque africaine de développement, nous détaille les mécanismes et les approches privilégiés par l’institution africaine.
L’événement international avait pour objectif la promotion de nouvelles idées de mécanismes financiers contribuant à mieux répondre aux défis du développement au niveau global, régional ou local. Pour dynamiser le mouvement en faveur des innovations financières pour le développement, des experts se sont réunis pendant deux jours, du 4 au 5 mars, à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.
Question complexe s’il en est, l’innovation financière pour le développement, à travers des approches nouvelles, est composée d’acteurs et d’instruments divers et multiples. Au cours du forum sur la problématique, les décideurs des plus grandes banques comme Goldman Sachs sont venus se frotter aux gestionnaires de la micro finance à l’image de Babyloan, un portail Internet de social business qui convainc le grand public à financer le petit paysan.
Les agences de développement, les institutions financières devaient accorder leurs violons pour répondre à la question posée par Bill Gates : "Comment faire entrer des nouveaux partenaires imaginatifs, augmenter les budgets de l’aide et apporter plus de ressources pour lutter contre les problèmes de santé, la faim et la pauvreté ?"
" Prendre des risques"
Si un appel a été lancé aux grandes institutions financières pour prendre des risques et moduler les instruments classiques d’évaluation, "la révolution, selon un expert, sera de financer le secteur privé". Mais la gouvernance médiocre des Etats refroidit les partisans les plus ardents pour plus d’aide publique au développement et les bonnes volontés du plus grand des bons samaritains, s’appellerait-il Bill Gates dont la Fondation est dotée de quelque 30 milliards de dollars américains.
A la Banque africaine de développement, trois principes de base s’imposent. "Une institution de micro finance ne peut bien fonctionner que si elle est commercialement viable". Le principe premier est asséné d’emblée parce que l’environnement de la micro finance en Afrique est assez hétérogène très peu de ces "banques des pauvres" peuvent, en effet, présenter des dossiers solides avec un modèle d’affaire qui réponde aux normes standard de la finance même si la micro finance n’est pas de la banque.
Cela entendu, l’accès aux financements, deuxième principe cardinal, doit passer aussi par le renforcement des capacités en faisant en sorte que la supervision et la régulation des institutions de micro finance selon une réglementation adaptée à l’environnement.
Pour la Bad, il importe également de prendre en compte cette frange du secteur privé qui se trouve entre les institutions de micro finance et les banques. Il s’agit d’usagers, pour ne pas dire de clients trop riches pour les organismes de micro-crédits, mais pas assez confiants pour les banques. Ces trois principes sont à la base du changement radical des approches adoptées au sein de la Maison de Tunis depuis 2006, année où une étude a fait état d’une réalité crue du secteur : sa trop grande fragilité due une réglementation pas assez rigoureuse, si elle n’est pas tout simplement absente.
Financer des banques de micro finance
Alors à la Banque, on se prononce carrément pour l’installation des banques de micro-crédits. Cette approche qui consiste à travailler avec des partenaires techniques expérimentés et reconnus dans le domaine de la micro finance comme Planète Finance ou Advance Holdind dont les modèles ont été réadaptés aux réalités locales du terrain. "Avec ces banques, qui n’en sont vraiment pas au sens classique de la notion, ces usagers du milieu qui ne peuvent de crédits ni auprès des organismes de crédits solidaires, ni auprès des banques, sont ainsi pris en compte pour le bonheur d’une activité économique diversifiée". A ce jour quatre banques de micro finance existent sur le continent. Il s’agit d’Advance Congo en RDC, Access Liberia, Access Tanzania et Access Nigeria.
L’impact se fait ainsi sentir sur le marché à travers un effet de démonstration qui pousse la concurrence à l’amélioration en adoptant des règles de gestion admises pour une meilleure pratique de gestion. "A travers l’intermédiation financière de la Bad, par un subtil jeu de levier, nous arrivons ainsi à trouver des financements auprès de plus grosses institutions financières", soutient Mme Mokadem. "Mais, nous ne pouvons aider que des organismes régulés", s’empresse-t-elle d’ajouter.
A juste titre d’ailleurs, car selon les chiffres avancés moins d’une centaine des milliers d’organismes de micro finance peuvent se prévaloir de critères de gestion approuvés.
L’exemple du Camide, Centre d’appui à la micro finance et au développement, une association malienne basée dans la ville de Kayes, a fait justement l’objet d’une étude de cas lors du forum de Paris.
Proposé par Ashoka, un important acteur international de l’entreprenariat social basé aux Etats-Unis, Camide a réussi à mettre en place un réseau de plusieurs dizaines de banques d’épargne et mobiliser près de 2000 millions de F CFA en en prêtant 1500 millions, rien qu’en 2008.
Garantir le crédit
Mais étant donné que la Bad travaille avec les organismes de micro-crédits dans l’ensemble des pays d’intervention et vu la grande hétérogénéité dans le secteur, l’autre approche privilégiée est la garantie Bad auprès des banques nationales pour accorder des crédits aux organismes de micro finance et aux petites et moyennes entreprises soit en ouvrant une ligne de crédit auprès des banques soit en garantissant l’organisme de micro-crédit pour avoir accès au crédit à un taux commercial calculé sur le risque projet et celui lié à l’environnement du pays. Ce qui ne change pas les règles ordinaires de la banque qui n’a aucune obligation dans la transaction.
" Nous apportons alors à la banque prêteuse une assistance technique pour l’aider à mieux évaluer les risques et donc influer sur le taux appliqué".
Dès lors, on peut se faire une idée sur le soulagement qu’éprouvent les demandeurs de crédits souvent taxés au plus fort, si leurs demandes ne sont pas purement et simplement récusées parce que la banque est assez douteuse ou mal outillée pour le calcul de risques.
La banque aurait également en étude des fonds régionaux de financement de la micro finance dont des institutions bi ou multilatérales, des banques internationales travaillant essentiellement sur la micro finance. A cet égard appel est fait à la Bad pour attirer d’autres investisseurs privés.
Un fonds fiduciaire d’environ 15 millions de dollars US pour le renforcement des capacités a été mis en place essentiellement par le gouvernement espagnol et d’autres bailleurs intéressés tapent à la porte du fait de la particularité du mécanisme basé sur la macroéconomie (régulation financière, lois et réglementation) la mésoéconomie (les services annexes comme la sensibilisation du monde judiciaire notamment les avocats sur la question), l’institutionnel avec la capacité de supervision de la banque centrale et au niveau microéconomique le soutien d’une activité importante commune à une zone économique.
Il faut souligner que la Banque africaine de développement investit plus de 400 millions de dollars dans le secteur de la micro finance où, en plus du rôle d’assistance technique, la banque s’emploie à la diversification des produits et services comme la micro-assurance, le housing, le prêt aux PME, la rentabilisation des transferts des migrants dans l’investissement. Tous ces aspects sont supervisés par le département gouvernance.
Oussouf Diagola
(correspondant permanent à Paris)
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Saine émulation
Un concours était ainsi organisé sur les "solutions innovantes de financement de développement", qui a retenu une vingtaine de finalistes pour démontrer qu’un véritable "élan d’innovations en matière de mécanismes financiers pour le développement" existe réellement.
Ce qui d’ailleurs était le but du forum et les initiateurs espéraient que ce concours ouvre la voie à d’autres initiatives et stimule la poursuite du "mouvement" par le partage des connaissances, notamment par les retours d’expériences, l’échange de savoir-faire entre les pays du Sud.
L’appel à projet lancé fin octobre a recueilli pas moins de 800 propositions parmi lesquelles un jury composé de personnalités expertes sur les innovations financières a choisi une vingtaine de finalistes. A la clôture du forum, l’annonce de 5 projets retenus qui bénéficieront de 100 000 dollars chacun pour mener à bien leurs innovations, n’a pas surpris le public.
Avec son "à peu prêt, le réflexe solidaire", Babyloan, plate-forme française de prêts, qui propose depuis 2008 de développer une tirelire électronique à partir de transactions commerciales effectuées sur son site Internet et mise en pratique dans les pays d’Asie et d’Afrique, fait partie des cinq lauréats. Cette expérience de social business semble rencontrer le succès avec quelque 600 000 membres fidèles de cent nationalités différentes.
Le dernier partenaire est l’ONG Wages au Bénin qui était appelée pour faire valoir son expérience dans le financement de petites activités génératrices de revenus portées en grande majorité par des femmes.
Cette structure est l’une des rares dans le secteur de la micro finance à présenter un bilan consolidé qui fait rougir les banques. En 15 ans d’activités, Wages est passé de 100 millions à 1,5 milliard de F CFA de fonds propres, assure son PDG Ramanou Nassirou.
O. D.
09 Mars 2010.
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